L’infEAU du 5 avril 2017

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Éditorial

Le 22 mars dernier, à l’occasion de la Journée mondiale de l’eau, Eau Secours! a pris la parole lors d’une conférence de presse tenue à l’Assemblée nationale. Nous étions en compagnie des porte-paroles de Québec solidaire et du Parti québécois en matière d’environnement, madame Manon Massé et monsieur Sylvain Gaudreault, ainsi que des représentant.e.s de la Fondation Coule pas chez nous, du Regroupement des organismes de bassins versants du Québec, d’Équiterre et de Nature Québec. Les intervenant.e.s ont dénoncé le parti pris du gouvernement libéral pour les hydrocarbures, qui met l’eau potable du Québec à risque.

Nous tenons souvent pour acquis que nous avons de l’eau en grande quantité et de bonne qualité au Québec, mais la réalité est que plusieurs menaces pèsent sur cette ressource. Actuellement, la plus grande menace à l’eau potable au Québec est sans contredit le développement de l’industrie des hydrocarbures. On n’a par exemple qu’à penser au projet Énergie Est qui menace l’approvisionnement en eau potable de plus de 3 millions de Québécois et à Pétrolia qui veut aller de l’avant avec ses projets de fracturation hydraulique sur l’île d’Anticosti cet été alors qu’il a été démontré que cette technique contamine les nappes phréatiques.

Qu’est-ce que fait le gouvernement libéral devant cette menace? Rien! Pire encore, il adopte et modifie des lois pour aider les compagnies pétrolières et gazières à forer le Québec en entier et à contaminer l’eau des Québécois et des Québécoises. Les projets qui menacent directement l’eau pullulent, mais le gouvernement libéral continue son aplaventrisme devant les lobbys pétroliers et gaziers alors qu’il devrait protéger notre ressource la plus vitale. Armées de la Loi 106 sur les hydrocarbures, du Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection et de la bénédiction du gouvernement libéral, les compagnies pétrolières et gazières sont prêtes à venir envahir le territoire québécois, exproprier des citoyens et des citoyennes, contaminer leur nappe phréatique et polluer nos plus beaux cours d’eau.

Partout au Québec, des gens commencent à se préparer pour la bataille contre l’industrie des hydrocarbures qui s’en vient. Il y a même des endroits au Québec où la bataille fait rage depuis plusieurs années sans que le gouvernement n’y accorde d’importance. Le cas le plus flagrant présentement se trouve à Gaspé où le comité de citoyens Ensemble pour l’avenir durable du grand Gaspé se bat depuis 2012 contre Pétrolia qui fore à moins de 400 mètres des maisons! Leur désespoir est de plus en plus palpable là-bas. Nous assistons au sacrifice d’une population au nom du développement des hydrocarbures et ce n’est que le début! Ce qui se passe depuis 5 ans en Gaspésie n’est qu’un avant-goût de ce qui attend tout le Québec.

Le Québec possède une grande partie des ressources d’eau de la planète. Il doit en être le gardien plutôt que de contribuer à appauvrir encore la qualité de cette ressource. Comme le gouvernement libéral semble renoncer à son devoir de protéger notre ressource la plus vitale, la population n’aura d’autre choix que de prendre le relais et de barrer la route aux compagnies pétrolières et gazières si nous voulons encore pouvoir dire dans quelques années que nous avons de l’eau potable d’excellente qualité au Québec.

Pour voir la conférence de presse en intégralité, cliquez ici.

Actualités

Les recommandations d’Eau Secours! aux partis politiques provinciaux

Nous sommes à un an des élections provinciales et les partis politiques s’affairent actuellement à peaufiner leur plateforme électorale. Eau Secours! leur a donc demandé de prendre des engagements fermes pour une gestion responsable de l’eau au Québec. Nos recommandations sont :

Revoir la politique de l’eau

La Politique nationale de l’eau du gouvernement du Québec doit être revue pour prévoir un encadrement législatif (enchâssé par exemple dans une charte) des droits de l’eau. Ce trésor collectif doit être mis à l’abri des multinationales privées qui visent le profit de quelques-uns au lieu du bien-être de tous.

Créer un poste d’ombudsman de l’eau

Créer un poste d’ombudsman de l’eau indépendant des partis politiques. Instaurer des lois et des règlements qui donnent priorité à la protection de l’eau sur l’ensemble des lois. Assortir ces lois et règlements de mécanismes d’inspection rigoureux, de ressources humaines et financières suffisantes, d’incitatifs inspirants et d’amendes consistantes afin que ces lois soient respectées.

Protéger l’eau

Les techniques d’exploration et d’exploitation d’hydrocarbures nocives pour l’eau et la santé, comme la fracturation, doivent être immédiatement interdites partout au Québec. Les captages d’eau pour embouteillage commercial doivent être confiés à une régie nationale pour en assurer un meilleur encadrement et garder un contrôle sur la ressource afin de la protéger. La Loi sur les mines doit être revue afin d’instaurer une hiérarchisation des besoins en eau qui mette la priorité sur le droit à l’eau de la population et de la nature plutôt que de prioriser les droits de l’industrie, comme c’est le cas dans nos lois actuelles. Les accords de commerce internationaux doivent exclure l’eau qui n’est pas une marchandise, mais un droit humain. Le caractère public de l’eau et de sa gestion doit être clairement affirmé. Le droit à l’eau doit être reconnu par le Québec comme vient de le faire la Slovénie. Le programme de fluoration de l’eau potable doit être aboli dans toutes les municipalités du Québec. La centaine de villes qui n’a pas de système d’épuration des eaux devrait être aidée à se mettre rapidement aux normes. Les villes qui ont des problèmes récurrents de surverses devraient être sanctionnées. Les polluants chimiques comme l’atrazine, les BPC, les HAP, les néonicotinoïdes et tous les produits toxiques émergents devraient être mieux étudiés et mieux contrôlés. Les boues d’usines d’épuration des eaux devraient être valorisées et nous aider à produire du gaz naturel plutôt qu’être considérées comme des déchets ou épandues sur nos terres agricoles, ce qui est potentiellement dangereux pour la santé humaine.

Éduquer la population

L’éducation à l’environnement (vivre ensemble, vivre en harmonie avec la nature, respect des conditions nécessaires à toute vie : eau, air, terre) et à la citoyenneté, doit être obligatoire, financée et valorisée tant au niveau institutionnel que citoyen. Les organisations non gouvernementales comme Eau Secours! qui font de l’éducation environnementale et citoyenne doivent être reconnues, soutenues et suffisamment financées.

Consulter la population

Les élu.e.s doivent être disponibles pour répondre aux questions des citoyen.ne.s et doivent aussi être légalement imputables de leurs décisions concernant la gestion responsable de l’eau. Les plans directeurs de l’eau déterminés par les organismes de bassins versants et les schémas d’aménagement reconnus par les MRC et sanctionnés par les ministères concernés doivent être respectés prioritairement. Le Bureau des audiences publiques en environnement (BAPE) doit permettre une consultation sur tous les aspects économiques, sociaux et environnementaux des projets qui impliquent l’utilisation de l’eau ou menacent son intégrité. Le gouvernement devrait être tenu de respecter les analyses et recommandations du BAPE dans ses décisions.

Restaurer les milieux naturels

Insérer un amendement dans la loi de l’environnement ou instaurer une loi qui prévoit des mesures pour que toute pollution causée à l’eau (puits privés ou publics, milieux humides, nappes souterraines, lacs, rivières, fleuve, océan, etc.) par un contaminant (pesticide, herbicide, produit pétrolier, BPC, produit chimique, engrais, eaux usées d’usines municipales, etc.) entraîne une obligation immédiate de remise en état du milieu par le pollueur. La responsabilité de tous les coûts reliés aux dommages sur la nature et les êtres vivants sera attribuée au pollueur sans limitation dans le temps. Les amendes doivent être très consistantes afin que ces lois soient respectées.

Pour consulter l’ensemble de nos recommandations, cliquez ici.

Le gouvernement libéral repousse une deuxième fois l’adoption d’une loi pour protéger les milieux humides

En 2012, à la suite d’un jugement de la Cour supérieure, le gouvernement Charest avait dû adopter en toute vitesse une loi permettant au Québec d’exiger d’être compensé pour la destruction de milieux humides et hydriques. Cette loi devait devenir inopérante en avril 2015, alors que des mesures permanentes de protection seraient adoptées pour la remplacer. Une loi adoptée en mai 2015 a permis au gouvernement de reporter une première fois la date d’échéance de l’adoption de ces mesures permanentes. Le ministre Heurtel avait alors mis la faute de ce report sur le précédent gouvernement péquiste.

Or, deux ans plus tard, le gouvernement libéral repousse encore une fois cette date d’échéance jusqu’au 1er mars 2018, expliquant dans un communiqué que ce report doit permettre de prendre connaissance du futur projet de loi sur les milieux humides et hydriques « dans un climat de sérénité ». Le gouvernement a mentionné lors de l’annonce de ce report que le projet de loi qui se fait tant attendre par les groupes environnementaux sera déposé « incessamment ». Le problème, c’est que cela fait cinq ans que ce projet de loi doit être adopté. Le gouvernement libéral semble passer plus de temps depuis 2012 à blâmer tous et chacun pour ce report plutôt que d’assumer ses responsabilités! Pendant ce temps-là, les milieux humides continuent de disparaître à vue d’œil.

En effet, il est estimé que de 40 à 80 % des milieux humides ont disparu au Québec depuis la colonisation, une proportion qui atteindrait 85 % dans la grande région de Montréal. Uniquement entre 1990 et 2011, 20 % des milieux humides québécois ont été détruits, ce qui correspond à un rythme approximatif de 1 % de destruction par année! Les milieux humides sont des écosystèmes riches en biodiversité et essentiels pour plusieurs centaines d’espèces fauniques et floristiques. Ils accomplissent des services écosystémiques importants, comme la rétention et la filtration de l’eau, la recharge des nappes phréatiques et la séquestration du carbone.

Retour sur nos dernières actions

Kiosque au Cégep de Ste-Foy : Eau Secours! était au Cégep de Ste-Foy le 23 mars dernier dans le cadre de la Semaine pour l’eau publique. Les étudiant.e.s étaient invité.e.s à faire un test de dégustation d’eau. Résultat : Les 3/4 des étudiant.e.s ont préféré l’eau publique provenant du fleuve St-Laurent plutôt que l’eau embouteillée.

Formation Eau Secouriste : Une quarantaine d’élèves de 4e année de l’école Saint-Jean à Sainte-Catherine ont reçu le 30 mars une formation sur l’importance de l’eau et de sa protection. En prime, ils et elles ont fait le serment de devenir des Eau Secouristes! Si vous souhaitez aussi recevoir la visite d’Eau Secours dans votre classe, il reste encore quelques places pour la formation de ce printemps.

Rassemblement contre le budget : Eau Secours a participé le 4 avril à un rassemblement contre le budget Leitão organisé par la Coalition pour la justice sociale devant l’Hôtel Delta à Québec. Ce rassemblement visait à dénoncer le manque de vision du gouvernement libéral alors que se tenait simultanément une conférence organisée par la Chambre de commerce de Québec mettant à l’honneur le ministre Carlos Leitão.

Eau Secours dans les médias

2017-03-22 : Le parti pris du gouvernement Couillard pour les hydrocarbures met l’eau potable du Québec à risque, Communiqué de presse
2017-03-22 : Mobilisation au Québec en faveur de la préservation de l’eau, Radio-Canada
2017-03-22 : Journée mondiale de l’eau, Déclaration de Québec solidaire
2017-03-22 : Journée mondiale de l’eau, Point de presse à l’Assemblée nationale
2017-03-26 : Journée mondiale de l’eau, Les coulisses du pouvoir
2017-03-27 : Les groupes demandent une enquête publique et la suspension de l’évaluation d’Énergie Est, Communiqué de presse
2017-03-31 : Le gouvernement libéral repousse une deuxième fois l’adoption d’une loi pour protéger les milieux humides, Communiqué de presse
2017-04-02 : Protection des milieux humides, RDI matin week-end
2017-04-03 : Les Montréalais ont-ils suffisamment accès au fleuve? Mise à jour Montréal, MATV

Calendrier

13 avril à 19 h
Le Regroupement des Auteurs professionnels, publics et émergents lavallois célèbre le Jour de la Terre : Lancement d’un concours littéraire La Rivière des Prairies m’inspire!
Studio de la Maison des Arts, 1395 boul. de la Concorde Ouest, Laval.

22 avril
Jour de la Terre. Plusieurs activités partout au Québec!

25 avril à 11 h 
Gala de reconnaissance en environnement et développement durable de Montréal
Marché Bonsecours.

26 avril à 19 h
Conférence L’eau au Québec : source de vie ou source de profit? Les Soirées relations organisées par le Centre justice et foi.
Centre culture et environnement Frédéric Back, 870 avenue de Salaberry, salle 322-324.