La crise mondiale de l’eau c’est quoi ?

L’eau est essentielle à la vie, elle est donc l’une des ressources les plus précieuses sur Terre. Comme l’a dit Antonio Guterres – secrétaire général de l’ONU – « la pénurie d’eau est une question de vie ou de mort ». Des tensions existent déjà, et selon les scientifiques, les pénuries d’eau tiendront une place prépondérante prochainement, alimentant des crises socio-économiques sur un fond de croissance démographique. Pourtant, la quantité d’eau douce accessible présente sur Terre est largement suffisante pour couvrir les besoins humains. Alors pourquoi il y a-t-il des crises de l’eau ?

Dans les faits, de nombreux problèmes liés à l’eau touchent l’ensemble de la planète sans se limiter à une aire géographique. Si le terme crise est utilisé c’est parce que nous sommes dans une phase critique où nous rencontrons toujours plus de difficultés pour avoir accès à une eau potable de qualité. Les changements climatiques peuvent expliquer certains phénomènes mais le réchauffement climatique ne va pas diminuer les ressources, il va les répartir différemment. Ces réserves sont déjà très inégalement réparties puisque 9 pays – dont le Canada – possèdent 60% des ressources naturelles renouvelables d’eau douce. D’autre part, certains pays ont des réserves extrêmement faibles voire nulles.

 Banque mondiale, Quality Unknown: the invisible crisis water, 2019

Si la quantité d’eau douce disponible reste constante, les crises potentielles reposent sur trois problèmes distincts:

Dans un premier temps, il existe un problème de pollution de l’eau qui touche l’ensemble des pays du monde. Cette « crise invisible » – comme l’a appelé la Banque mondiale dans son récent rapport sur la qualité de l’eau – est sous-estimée. L’agriculture et l’industrie sont les deux grandes sources de pollution des eaux. L’eau est aussi polluée par le déversement des eaux usées dans l’environnement. Dans les faits, 80% des eaux usées sont rejetées dans la nature sans aucun traitement. Toutes ces sources de pollution ont des impacts non négligeables sur l’environnement et la santé, et rendent plus difficile le traitement des eaux à la consommation. 

Dans un second temps, la crise de l’eau désigne une situation de non-accès à une source d’eau potable, faute d’infrastructures, alors même que l’accès à l’eau et à l’assainissement a été reconnu comme un droit humain en 2010 par l’ONU. Au Canada, ce sont principalement les communautés autochtones qui n’ont pas accès aux services d’eau. Dans les pays concernés, les gouvernements n’investissent pas dans des infrastructures d’eau, faute de moyens. Les fonds internationaux d’aides ne sont pas encore suffisants pour permettre un accès à l’eau potable et aux services d’assainissement à toutes et à tous. D’après un rapport commun de l’UNICEF et de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), environ 2,2 milliards de personnes ne disposent pas de services d’alimentation d’eau potable sûrs.De plus, 783 millions de personnes n’ont toujours pas accès à une source d’eau potable, soit 10% de la population mondiale.

 Situation qui fait référence à une eau potable tirées sur place, disponible en cas de besoin et exempte de contamination, ainsi que de toilettes hygiéniques. 

Face à ce problème d’accès à l’eau, des multinationales d’embouteillage privatisent les sources d’eau auxquelles les populations n’ont pas accès, et leurs vendent dans un contenant plastique.

© La Croix

Enfin, la crise mondiale de l’eau désigne une situation d’épuisement des réserves ou de pénuries d’eau. Ce sont principalement des pays pauvres en eau et/ou grands consommateurs d’eau qui sont touchés par cet assèchement des nappes phréatiques. Généralement, le puisement dans les nappes phréatiques est trop important par rapport au renouvellement naturel. Dans des pays comme l’Espagne, l’Inde ou l’Italie, les réserves souterraines sont menacées d’épuisement et, d’ici 15 ans, certaines pourraient même disparaître.

Depuis avril 2018, la ville du Cap en Afrique du Sud est proche du « jour zéro » ( jour auquel plus aucune goutte d’eau ne sortira des robinets). En effet, la ville est entourée de vignes qui nécessite un arrosage important en raison du climat aride. Donc l’eau qui pourrait être utilisée pour subvenir aux besoins de la vie est utilisée pour arroser des vignes, dont les habitants de la ville ne vont pas tous bénéficier. En réponse à cette pénurie, les citoyens ont réduit leur consommation d’eau au strict minimum et le gouvernement a annoncé une usine de dessalement de l’eau. Mais cela ne fera que contourner le problème que pose l’agriculture.

© La libre Afrique

Certes les changements climatiques vont avoir des effets sur la répartition de l’eau, mais la mauvaise utilisation de la ressource reste le facteur de crise majeur. 

Ces situations extrêmes vont croître dans les prochaines décennies. Selon le World Resources Institute, le risque de jour zéro se rapproche pour de nombreux pays. Parmi les 20 mégalopoles du monde, 14 font déjà face à une pénurie d’eau ou sont en situation de sécheresse. En 2030, 40% de la population mondiale vivra dans une zone de stress hydrique élevé (situation où la demande en eau est supérieur à l’offre).

Contrairement à l’illusion produite par nos robinets, cet « or bleu » n’est pas infini. Ces exemples de pénurie d’eau rappellent que l’eau est fragile et qu’elle doit être protégée. La gestion de l’eau doit être repensée à l’échelle mondiale, pour assurer une accessibilité, une abondance et une qualité suffisante pour toutes et tous. Cette réflexion doit plus précisément porter sur son utilisation. 70% de l’eau accessible sert à l’agriculture, mais est-ce que pratiquer l’agriculture dans des zones arides est encore concevable ?

Quelles actions pouvons-nous faire, en tant que citoyens avertis, pour prévenir ces pénuries d’eau dans des contrées si lointaine ? En tant que consommateur de produits venant de partout, nous pourrions prendre en compte l’empreinte hydrique lors de nos achats.

Aussi, il est aussi possible d’éviter la consommation de produits provenant de zones arides, tels la Californie ou le Mexique, en favorisant l’achat de produits locaux. En effet, localement les ressources en eau sont suffisantes pour assurer notre propre consommation sans générer une pénurie d’eau. Alors que dans d’autres pays, les ressources en eau sont utilisées pour l’agriculture au détriment de la population.

La gestion de l’eau est aussi fragile que complexe, en faire une priorité devrait couler de source. La seule question qui doit rester est : comment utiliser l’eau de manière pérenne sachant que les humains de demain ne peuvent vivre sans ?