2026-10-21 lettre ouverte - lettres mandat

L’environnement, une mission à refléter dans les lettres de mandat

21 octobre 2026

Malgré les efforts des groupes environnementaux québécois et les inquiétudes citoyennes bien réelles, l’environnement a été le grand oublié de la campagne électorale provinciale. Pourtant, retarder l’action environnementale n’est plus possible ; il en va de la sécurité, de la santé et du bien-être de la population. Le gouvernement nouvellement élu doit faire de l’environnement une priorité. Nous sommes rassurés que, dans son plan environnemental, le parti maintenant au pouvoir partage ce constat.

Le premier ministre nommera les membres de son Conseil des ministres le 21 octobre et transmettra éventuellement à chacun une lettre de mandat précisant leurs responsabilités et leurs objectifs. Nous lui demandons de faire de l’environnement un dossier transversal prioritaire à travers l’ensemble du gouvernement en intégrant les principes suivants dans les lettres de mandat de ces nouveaux ministres.

Pour une approche pangouvernementale

Puisque l’environnement est lié à toutes les facettes de notre société, sa protection ne peut pas être la responsabilité unique d’un seul ministre. Des enjeux aussi transversaux que la transition énergétique ou la protection de la biodiversité exigent une vision commune et une collaboration entre les ministères. Trop souvent, nos organisations ont constaté le travail en silo entre les ministères, voire entre les départements d’un même ministère, ou, pire encore, la mise en opposition des différentes missions de l’État alors qu’une approche pangouvernementale serait au bénéfice de toutes et tous.

Nous nous réjouissons qu’en campagne électorale, le Parti québécois se soit engagé à réformer le régime forestier en remettant au cœur de la démarche la conservation de la biodiversité et les droits des peuples autochtones. Bien que cette réforme soit pilotée par le ou la ministre des Ressources naturelles et des Forêts, il s’agit d’une opportunité d’action concertée avec d’autres ministères, en encourageant le développement économique régional, mais aussi en facilitant l’identification des territoires à protéger pour l’atteinte de la cible de protection de 30 % du territoire d’ici 2030.

Au-delà des bénéfices pour la biodiversité et le climat, la protection du territoire contribue au rayonnement de notre identité. Les paysages naturels, ses plans d’eau et les espèces emblématiques font la fierté des Québécoises et Québécois de toutes les régions.

Notre culture passe par la protection de la nature et son accès pour l’ensemble de la population. Selon les engagements électoraux du parti maintenant au pouvoir, le ou la ministre de l’Environnement sera appelé à développer une Politique nationale d’accès aux berges, aux plans d’eau et aux milieux naturels. Afin d’étendre les bénéfices de l’accès à la nature et de contribuer à la fierté nationale, les ministres responsables des Affaires municipales, de la Culture, de l’Éducation, du Plein air et de la Santé, et du Tourisme, notamment, devront être mis à contribution pour faire vivre cette politique dans le quotidien de la population.

Un geste fort

Et, puisque les engagements environnementaux pris à l’international ou lors de campagnes électorales ne doivent pas être de simples vœux pieux, le premier ministre doit exiger que ces ministres soient imputables de leurs actions et des cibles que le gouvernement se donne. Un geste fort en ce sens serait de mandater le ou la ministre de l’Environnement d’adopter une loi-cadre sur le respect des engagements climatiques, des cibles en matière de biodiversité et de protection du territoire, comme s’y est engagé le Parti québécois en campagne électorale. Cette loi limiterait les risques de reculs et renforcerait le rôle du Comité consultatif sur les changements climatiques pour que les décisions gouvernementales soient davantage fondées sur la science.

Enfin, une planification concertée de l’aménagement du territoire est le socle d’une saine gouvernance, que ce soit en matière de mobilité durable ou de protection des milieux naturels. En terres privées, le gouvernement confie aux acteurs municipaux la tâche d’harmoniser les différents usages du territoire ; en conséquence, il doit s’assurer qu’ils ont les ressources pour mener à bien cette mission. La révision des schémas d’aménagement et de développement par les MRC devra être des priorités du ministre des Affaires municipales afin de réaliser les nouvelles orientations gouvernementales, y compris celles sur la résilience climatique et la protection des ressources en eau.

En terres publiques, nous invitons les différents ministres à planifier ensemble les multiples usages forestiers, miniers et énergétiques en tenant compte des besoins et préoccupations des communautés locales et autochtones, ainsi que les limites des écosystèmes naturels.

À travers tous ces mandats, les ministres doivent viser à accroître la participation citoyenne et pour redonner confiance à la population, assurer le respect des normes environnementales sur le terrain. Deux conditions indispensables pour le rétablissement d’un lien de confiance avec les citoyens sont la transparence et les outils démocratiques. La lettre de mandat du ou de la ministre de l’Environnement devrait donc inclure la mise en place du registre public d’information environnementale tel que prévu à la loi depuis 2017 et dans la plateforme du Parti québécois.

En faisant de l’environnement un enjeu transversal dans les lettres de mandat de ces ministres, le premier ministre élu aurait l’occasion de passer de la parole aux actes.

Signataires 

  • Alain Branchaud, SNAP Québec
  • Alice-Anne Simard, Nature Québec
  • Thibault Rehn, Vigilance OGM
  • Cyrielle Maison, Fondation David Suzuki
  • André Bélanger, Fondation Rivières
  • Daniel Rotman, Équiterre
  • Karel Ménard, Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets
  • Rébecca Pétrin, Eau Secours
  • Martin Vaillancourt, Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement du Québec
  • Samuel Pagé-Plouffe, Vivre en Ville
  • Geneviève Paul, Centre québécois du droit de l’environnement

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