2026-07-30 Opinion - eau municipale industries

Les citoyens sont-ils les porteurs d’eau des industries au Québec?

30 juillet 2026

Les mesures estivales de restrictions de la consommation d’eau potable sont de plus en plus fréquentes au Québec. Face à des problèmes d’approvisionnement, à des infrastructures d’eau à pleine capacité ou à des bris d’infrastructures, les villes et municipalités se voient forcées d’agir afin de restreindre temporairement, ou à plus long terme, l’utilisation d’eau potable du secteur résidentiel. Il faut admettre que nous étions plus que dus pour une prise de conscience collective sur notre rapport à l’eau douce. D’autant plus que les épisodes de météo extrême dont les sécheresses, canicules et pluies torrentielles, vont aller en augmentant selon les modèles des changements climatiques. Mais les résidents sont-ils seuls à porter le fardeau des mesures d’économie d’eau? 

50% de la consommation, 100% de l’effort

Il est important de rappeler que l’eau potable est produite par nos municipalités à grand coût et que sa distribution dépend d’infrastructures en urgent besoin d’amour. Leur désuétude a largement été discutée dans les médias récemment à la suite d’incidents et de sorties publiques des élus municipaux. Résultat: quelques mesures et solutions commencent tranquillement à émerger des différents discours. Malgré celles-ci, un angle mort important demeure qui pourrait avoir un impact majeur sur l’avenir de la gestion municipale de l’eau. 

Selon une analyse récente commandée par le gouvernement du Québec, seulement la moitié de l’eau potable produite au Québec est consommée par le secteur résidentiel. Ceci veut dire que l’autre 50% est utilisée par le secteur dit non-résidentiel, c’est-à-dire les industries, commerces et institutions ainsi que perdu en fuites dans le réseau. Alors la question se pose: pourquoi les mesures de restrictions de la consommation d’eau potable en période de pénurie s’appliquent majoritairement, voire uniquement, au secteur résidentiel?

Travailler en amont des pénuries

Pour les municipalités, demander aux citoyens de réduire leur consommation à la maison en période de pénuries ou de bris d’équipement est sûrement la solution la plus simple : arrêter l’arrosage de la pelouse, reporter le remplissage de la piscine, proscrire le lavage de l’auto. Ces actions demeurent importantes et peuvent contribuer à réduire rapidement la demande en eau potable d’une municipalité, mais il demeure qu’elles ne visent que la moitié de la consommation d’une ville. Ce serait probablement plus difficile de demander à une entreprise dont l’eau est un ingrédient essentiel de se revirer sur un 10 sous à quelques jours d’avis pour réduire sa consommation. Ou encore, demander à un centre de traitement de données doté d’un système de refroidissement à l’eau de réduire sa consommation en pleine canicule.

C’est pourquoi nos gouvernements doivent démontrer un leadership prévoyant afin d’optimiser la consommation d’eau potable du secteur non-résidentiel. En mettant en place des mesures pour diminuer la consommation d’eau de ce secteur en tout temps, nous augmentons la résilience et la robustesse de nos entreprises, de notre économie, mais aussi de la société entière. Une répartition plus juste de l’effort collectif d’économie de l’eau potable ne peut qu’être bénéfique.

Par où commencer? 

Il est difficile, voire impossible de mettre en place des mesures de réduction de la consommation d’eau sans connaître son ampleur. Par exemple, les données municipales sur la consommation du secteur non-résidentiel demeurent inaccessibles au public. Les municipalités demandent, avec raison, que Québec investisse massivement dans les infrastructures d’eau, mais nous ne savons pas réellement à qui elles servent? La divulgation des données de consommation de chaque municipalité, incluant les volumes ainsi que les tarifs qui sont chargés aux industries et commerces branchés à leur aqueduc, serait un grand pas vers une gestion plus équitable de l’eau potable, de nos finances et des mesures restrictives de consommation. 

Avec des données complètes et publiques, il serait plus facile de mettre en place des mesures justes pour tous les secteurs. Nous serions d’ailleurs assurés que les industries aquavores paient le juste prix de l’eau, c’est-à-dire le montant réel qu’il en coûte à la municipalité pour récolter l’eau, la rendre potable, l’acheminer à destination et l’assainir après usage. D’autre part, il serait injuste de faire payer à la population – par le financement public, la tarification volumétrique ou autre – la facture du secteur commercial et industriel. 

Le Québec accuse un retard réel par rapport au reste du Canada sur la comptabilisation des usages de l’eau municipale dans le secteur non résidentiel. Nous espérons que la future Stratégie québécoise d’économie d’eau potable, attendue en décembre, proposera des mesures suffisantes en ce sens. 

En appliquant des mesures de restrictions de la consommation d’eau municipale de façon équitable à travers les différents secteurs de la société, tous seront plus réceptifs aux demandes de réductions. Tous ensemble, serrons-nous les coudes afin de porter l’eau jusqu’aux générations suivantes. 

Rébecca Pétrin
Directrice générale

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