2026-06-17 Communiqué - lacs morts - annexe 2

Plus de 650 hectares de plans d’eau québécois sacrifiés pour y déverser des résidus miniers – la population n’en veut plus

18 juin 2026

Montréal, le 18 juin 2026 – Alors qu’un récent sondage réaffirme que la grande majorité de la population québécoise s’oppose à la destruction de lacs et cours d’eau pour y déverser des résidus miniers, Eau Secours publie une compilation inédite de toutes les exemptions réglementaires accordées aux projets miniers leur permettant d’employer cette pratique controversée. L’organisme craint que cette méthode, qui devait être une exception de dernier recours à l’origine, soit maintenant le mode opératoire par défaut de l’industrie minière. Des projets miniers en cours d’évaluation au Québec, dont la mine de fer du Mont Sorcier près de Chibougamau, sont planifiés en intégrant la destruction de dizaines de plans d’eau pour y déverser leurs résidus tout comme cela a été fait dans le projet Bloom à Fermont. Eau Secours demande au prochain gouvernement du Québec de prendre acte de cette destruction insensée et de s’engager à y mettre fin dès le début de son mandat. 

Une pratique très impopulaire

Le sondage, commandé par Équiterre dans le cadre de la campagne Vire au vert, révèle que 82% de la population souhaite que le prochain gouvernement du Québec priorise une mesure interdisant l’utilisation des lacs pour rejeter les dépôts miniers. Ce sondage s’ajoute à celui effectué en 2022, au compte de la Coalition Québec meilleure mine, qui démontrait que 89% des Québécois étaient favorables à « interdire le rejet de déchets miniers dans tout lac, rivière ou milieu écologique sensible ». Pour Eau Secours, il est difficile de comprendre pourquoi le gouvernement du Québec tolère cette pratique alors que des alternatives éprouvées existent comme le remblaiement des fosses.  

« Compte tenu du manque total d’acceptabilité sociale de cette pratique et de l’existence d’alternatives préférables, il faut croire que les pressions de l’industrie, qui cherche à se simplifier la vie et maximiser ses profits, fonctionnent auprès gouvernement », estime Émile Cloutier-Brassard, analyste des projets miniers chez Eau Secours. 

6,6 km2 de plans d’eau transformés en poubelle pour résidus miniers au Québec

Le gouvernement canadien fournit très peu d’informations dans l’Annexe 2 du Règlement sur les effluents des mines de métaux et mines de diamants (REMMMD), que l’organisme qualifie volontiers de « liste noire » des lacs et rivières sacrifiés. Eau Secours a donc épluché les décrets, études d’impacts, analyse des scénarios alternatifs et autres documents portant sur chacune des autorisations listées dans ce règlement afférent à la Loi sur les pêches. L’organisme a ainsi produit et rend aujourd’hui disponible une base de données permettant de mieux comprendre l’ampleur de la destruction des plans d’eau causée par le déversement de déchets miniers au Canada.

C’est ainsi qu’Eau Secours a pu déterminer que, depuis 2002, année d’adoption du REMMMD, ce sont plus de 650 hectares, soit 6,6 km2, de lacs et autres milieux hydriques dont la destruction a été autorisée pour y déverser des résidus miniers au Québec. La province figure d’ailleurs au 3e rang des superficies totales de plans d’eau affectées par cette pratique au Canada. Pour l’ensemble du pays, la superficie totale affectée s’élève à plus de 4640 hectares, soit 46,5 km2.

Tableau 1 : Superficie de lacs et cours d’eau impactés par des mines par province

« Les impacts répertoriés dans notre analyse ne pourraient représenter que la pointe de l’iceberg en termes de dévastation des plans d’eau par l’industrie minière puisque les données disponibles sont très fragmentées. Si les gouvernements n’imposent qu’un encadrement minimal, puis n’effectuent pas de suivis de l’avancement des projets sur le terrain, ils faillissent à leur rôle d’assurer la protection des cours d’eau, » croit M. Cloutier-Brassard. 

L’organisme rappelle qu’en plus des données très incomplètes fournies par l’Annexe 2, le REMMMD ne s’applique pas aux mines de non-métaux et ne tient pas compte des lacs et rivières détruits par la construction des complexes miniers (fosses, usines, routes, etc.) dans leur ensemble. 

Une industrie de production de déchets, avant tout

Pourquoi cet engouement des minières pour déverser leurs résidus dans nos lacs et cours d’eau? D’abord, la méthode traditionnelle, qui implique la construction de digues de rétention, est plus coûteuse que l’utilisation d’un lac, qui est essentiellement « gratuit » pour l’entreprise. Ensuite, les mines, surtout celles à ciel ouvert, sont de plus en plus grosses. Enfin, il est important de rappeler qu’un projet minier est avant tout une entreprise de gestion de déchets – compte tenu du très faible ratio de minerai disponible dans le sol. Par exemple, pour obtenir 1 tonne de fer, un projet minier produira de 3 à 10 tonnes de déchets miniers. Pour une mine de graphite c’est plutôt de l’ordre de 1 pour 30. Mais ce sont les mines d’or qui prennent la palme du plus faible ratio: 1 gramme d’or pour 1 tonne de résidus, c’est-à-dire un ratio de 1 pour 1 million! Au Québec, environ 2 mines sur 3 sont des mines d’or actuellement.

Tableau 2 : Quantité de déchets miniers générés par l’extraction à ciel ouvert d’une tonne de substance exploitée

Source: Impacts des projets miniers sur l’eau – Guide de vulgarisation technique et législatif en vue de soutenir l’action citoyenne, Eau Secours, p.13

Un changement exigé avant qu’il ne soit trop tard

Selon une analyse de la description initiale de la mine Mont Sorcier de l’entreprise Voyager Metals Inc, dans la région de Chibougamau, plusieurs plans d’eau pourraient être ajoutés à l’Annexe 2 pour y déverser les résidus miniers du projet – un exemple parmi plusieurs autres. Cette compagnie envisageait initialement de détruire 24 plans d’eau et 90 cours d’eau pour la construction de sa future mine, ce qui inclut une destruction prévue pour le déversement de ses déchets miniers.

Eau Secours craint que cette pratique devienne la méthode préconisée par les promoteurs miniers afin de faciliter la gestion de leurs résidus miniers si aucune action n’est entreprise par nos gouvernements. Malgré que l’autorisation finale de détruire des plans d’eau revienne au gouvernement fédéral, l’organisme croit que c’est à Québec d’agir afin de bloquer les projets miniers qui souhaitent se débarrasser facilement de leurs déchets dans les lacs et cours d’eau de la province. 

« Voilà une belle occasion pour le prochain gouvernement qui siègera à Québec de démontrer son engagement à respecter les souhaits de sa population. Le message envoyé est clair, ici on tient aux lacs – à notre patrimoine Bleu. Si vous voulez exploiter une mine au Québec, vous devrez trouver des solutions respectueuses de notre eau », conclut M. Cloutier-Brassard. 

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Annexe

Fiche technique offrant plus d’informations sur la base de données et l’annexe 2 du REMMMD (PDF)

Contact médias

Mathieu Langlois
Responsable des communications, Eau Secours
514-588-5608
communications@eausecours.org

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