Fin des forages pétroliers et gaziers au Québec

Fin des forages pétroliers et gaziers au Québec : une coalition demande au gouvernement Legault de fermer la porte sans compensation et de mettre fin aux projets-pilotes soi-disant « sans pollution »

23 septembre 2021

Bécancour, Gaspé, Baie-des-Chaleurs, 23 septembre 2021 – Une coalition de groupes citoyens et environnementaux salue l’intention du gouvernement actuel, annoncée la semaine dernière, de mettre définitivement fin à l’exploration pétro-gazière au Québec, mais demande également au gouvernement caquiste de ne pas indemniser les entreprises pétro-gazières ayant encore des licences actives au Québec. La coalition demande également de fermer la porte à tout projet expérimental qu’il soit à Bécancour ou ailleurs au Québec. 

Selon une source proche de l’industrie qui souhaite garder l’anonymat, Mario Lévesque, président de Utica Resources Inc., ainsi que Steven Heinze, le milliardaire autrichien dirigeant Lansdowne Partners Austria (le fonds spéculatif qui a financé l’acquisition des actifs de Junex par Utica), savaient au moment de l’acquisition (1) que le cadre législatif ou le gouvernement en place pourraient couper court à leur projet. En ce sens, la coalition demande au gouvernement de ne pas céder à la pression que l’industrie mettra afin d’obtenir des indemnités.

« Le procès Galt, en mars 2021, ne nous a pas surpris. Messieurs Lévesque et Heinze avaient prévu de poursuivre l’État à l’intérieur de deux ans si leur plan pour forer le Québec ne fonctionnait pas. Nous sommes loin d’un investisseur étranger candide qui se fait flouer par un changement de cap de l’État » explique Pascal Bergeron, porte-parole d’Environnement Vert Plus.

«Toute compensation versée à ces entreprises servirait vraisemblablement à faciliter d’autres projets fossiles, ce qui serait inacceptable», commente Danielle Rochette, du Comité de citoyens responsables de Bécancour (CCRB). Rappelons que les compensations offertes aux pétrolières qui voulaient explorer Anticosti ont servi en partie à forer en Gaspésie. L’industrie continue de proposer des projets expérimentaux, soi-disant carboneutres, mais qui, dans les faits, sont tout aussi dommageables que les projets antérieurs.

L’industrie, représentée par l’Association de l’Énergie du Québec et son président Éric Tétrault, continue de pousser pour obtenir le droit de mener des projets de forages expérimentaux qu’elle dit «sans pollution », en refusant d’admettre qu’elle devra recourir à la fracturation pour leur mise en œuvre.(2) La poursuite de Questerre est toujours devant le tribunal, et Utica travaille activement à la mise en place d’un projet-pilote à Bécancour, projet auquel le ministre de l’économie Pierre Fitzgibbon s’est déjà montré favorable.(3) 

Le Québec sera l’une des premières juridictions à l’échelle mondiale à fermer la porte à l’industrie fossile. En refusant toute indemnité aux compagnies, il s’affirmera comme leader et  créera un précédent qui aidera tous les États désireux de se libérer de cette industrie. Selon le Centre Québécois du Droit de l’Environnement (CQDE) : « Si la volonté politique est de respecter les engagements du Québec en matière de lutte aux changements climatiques et de se positionner comme leader en la matière, la province peut adopter une loi mettant un terme à l’industrie des hydrocarbures sur son territoire, sans indemnité pour les entreprises affectées, et ce, même rétroactivement.(4) »

« Nous demandons à la CAQ, peu importe le jugement dans le procès Galt, de prendre les mesures pour retirer toutes les licences d’exploration et d’exploitation pétro-gazière au Québec » souligne Carol Saucier. Le cadre législatif actuel permettrait à un ministre favorable aux hydrocarbures de délivrer des permis de forage, alors que la crise climatique actuelle amène les scientifiques du Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat (le GIEC) à sortir de leur réserve habituelle. Ces experts poussent un véritable cri d’alarme et supplient les États de mettre un terme à tout nouveau projet de forage. «En plus d’appuyer la lutte aux changements climatiques, la fin des énergies fossiles lèvera enfin la menace première pesant depuis trop longtemps sur la préservation de l’eau potable au Québec » rappelle Rébecca Pétrin, directrice générale d’Eau Secours. « Il est clair que nous n’avons rien à perdre et tout à gagner de laisser le fossile derrière nous, nos actions doivent désormais refléter cette réalité. »

Notes :

  1. En 2018, suite à une occupation par le Camp de la Rivière, Junex a dû trouver un partenaire et fusionner avec Cuda Pétrole et Gaz. Utica Resources Inc., avec l’aide de son partenaire financier Lansdowne Partners Austria Gmbk, a fait l’acquisition des anciens actifs de Junex en 2019. 
  2. Dans sa réponse à une lettre ouverte émanant de plusieurs groupes environnementaux et citoyens, Éric Tétrault réussit à parler de ses projets-pilotes pour extraire du gaz dans la vallée du St-Laurent sans nommer une seule fois le mot fracturation : https://www.journaldemontreal.com/2021/02/15/les-forages-petroliers-et-gaziers-au-quebec-inquietent
  3. Voir la section ci-bas sur le “Rappel des faits à propos du transfert de fonds publics de Galt vers Bécancour”
  4.  «Pour mettre fin aux activités d’hydrocarbures au Québec»: rapport de recherche, CQDE, 2 juin 2021, https://www.cqde.org/fr/nouvelles/le-cqde-confirme-la-souverainete-de-lassemblee-nationale-pour-mettre-fin-aux-activites-dhydrocarbures-au-quebec-rapport-de-recherche/

Rappel des faits à propos du transfert de fonds publics de Galt vers Bécancour, par le CCRB

L’entreprise gazière Ressources Utica Inc. souhaite développer un projet-pilote d’extraction de gaz dans les Basses-Terres du Saint-Laurent.

Elle a ciblé Bécancour comme porte d’entrée pour une production dite carboneutre de gaz « naturel » qui nous semble n’être rien d’autre que du gaz de schiste local extrait au moyen de techniques de fracturation expérimentales prétendues ‘’vertes’’ puisqu’il est de notoriété publique que l’extraction du gaz de schiste ne peut être rentable sans la fracturation hydraulique dans la vallée du Saint-Laurent.

Le lobby en cours

Cinq agents engagés et rémunérés par Ressources Utica Sud-Ouest Inc. sont inscrits au registre des lobbyistes du gouvernement afin d’influencer les élus. Ils ont pour objectifs de :

    • Promouvoir des projets imbriqués tels que le captage de CO2, la géothermie profonde, l’exploitation de la saumure naturelle, l’extraction de minéraux stratégiques et la production de gaz de schiste.
    • Obtenir les permis et licences requis en vertu de la Loi sur les hydrocarbures et ses règlements ainsi que les certificats d’autorisation émis en vertu de la Loi sur la qualité de l’environnement.
    • Obtenir pour ces projets une aide financière gouvernementale sous la formede subventions ou d’autres contributions.

La diversité des intervenants gouvernementaux visés par ce lobby est de grande amplitude. Sept ministères sont ciblés, de même que tous les députés de l’Assemblée nationale, incluant naturellement le député de la circonscription concernée, ainsi qu’Investissement Québec.

Des faits

Cet ensemble de projets a été présenté aux membres du comité de suivi d’Utica Sud-Ouest – Bécancour (licences d’exploration 2006RS184 et 2009RS286) lors de la réunion du 21 décembre 2020.

Questionné, au cours de cette réunion, sur l’intention d’utiliser la fracturation hydraulique sur le territoire de Bécancour, le représentant d’Utica a répondu : « Si des modifications légales permettaient éventuellement de recourir à cette méthode de stimulation efficace et communément utilisée partout ailleurs, nous souhaiterions que dans le cadre d’un projet pilote des tests de production soient effectués suite à divers essais de stimulation par stimulation hydraulique ».

À l’annexe B du compte rendu de cette réunion, on retrouve les six objectifs du plan dont l’un est de « valoriser le potentiel gazier des unités géologiques profondes de la région de Bécancour ».

Des tractations

Lors de l’étude des crédits, en avril dernier, le ministre de l’Économie et de l’Innovation, M. Pierre Fitzgibbon, a évoqué que la négociation pour le retrait du financement du projet Galt pourrait mener au financement du projet de Bécancour.

Par ailleurs, lors de l’interrogatoire préalable à l’instruction du procès de Gaspé Énergies Inc. contre le Gouvernement du Québec, en février dernier, le président de Ressources Utica Inc., M. Mario Lévesque, a été interrogé sur son adhésion à la proposition de M. Yvan Loubier, lobbyiste pour sa compagnie, de « laisser tomber la poursuite, dans Galt, moyennant les autorisations dans le dossier de Bécancour ». L’avocat de Mario Lévesque s’est objecté à la question, mais on peut supposer que les avocats du gouvernement n’affirment pas sans preuve qu’Yvan Loubier a fait une telle proposition.

Notre action

Le Comité de citoyens responsables de Bécancour a récemment fait parvenir des mises en garde spécifiques et présenté des requêtes aux ministres Jonatan Julien, Benoit Charette et Éric Girard ainsi qu’à Donald Martel, député du comté de Nicolet-Bécancour, au sujet de cette production dite carboneutre de gaz «naturel» afin d’en obtenir la description complète, qu’il ne soit pas autorisé et que le gouvernement n’y participe pas financièrement.

Nos revendications

    1. Nous demandons que tous les projets énergétiques d’Utica à Bécancour fassent l’objet d’une consultation publique avant leur acceptation officielle.
    2. Nous nous opposons à ce que l’argent du projet Galt serve à des forages d’hydrocarbures à Bécancour.
    3. Nous demandons de fermer définitivement la porte à tout projet d’hydrocarbures au Québec.

Rappelons que l’Agence internationale de l’Énergie, dont le Canada est membre, a récemment recommandé d’interdire dès maintenant tout nouveau projet d’exploration et d’exploitation des énergies fossiles, dans l’espoir de maintenir le réchauffement climatique à un niveau sécuritaire.

La population ne peut accepter que de l’argent public soit mis à la disposition d’une entreprise qui va à l’encontre de la volonté des citoyens et à contresens des efforts faits pour diminuer la production de GES.

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