2025-12-08 CP Bilan – LinkedIn et Bluesky

Bilan environnemental 2025 : une dérive autoritaire est-elle en marche?

8 décembre 2025

Montréal, le 8 décembre 2025 – Des organisations et groupes environnementaux font front commun pour tirer la sonnette d’alarme : l’année qui vient de s’écouler marque un tournant inquiétant pour la démocratie environnementale au Québec et au Canada. Sous prétexte « d’accélération économique », les gouvernements multiplient les mesures législatives qui affaiblissent les lois et les contre-pouvoirs, marginalisent la science et réduisent la participation citoyenne.

Un recul démocratique préoccupant au Québec

Au cours de la dernière année, une accumulation inédite de projets de loi fragilisant l’État de droit a été constatée, notamment par l’utilisation du bâillon, le dépôt d’omnibus et l’élargissement du pouvoir discrétionnaire du gouvernement. Parmi les exemples les plus préoccupants, on peut citer le projet de loi 69 (énergie), le projet de loi 97 (régime forestier), le projet de loi omnibus 81, le projet de loi 93 (Stablex), le projet de loi 7, et le récent projet de loi constitutionnelle.

Mis ensemble, ces textes traduisent une tendance lourde d’effritement de l’État de droit et d’affaiblissement des garde-fous démocratiques.

« Quand un gouvernement limite les débats, contourne ses propres lois, s’attaque à la légitimité scientifique, réduit les contre-pouvoirs et renforce la concentration de pouvoir entre les mains de quelques personnes, ce sont les fondements même de notre démocratie qui sont attaqués». 

L’environnement également mis sur le banc des sacrifiés par le fédéral

Les organisations dénoncent une rhétorique gouvernementale qui oppose constamment l’environnement au développement économique et qui sous-entend que les normes environnementales sont un “fardeau”, un même fil rouge qui se dessine au niveau fédéral, notamment avec l’adoption du projet de loi C-5 et le dépôt du projet de loi C-15 (loi budgétaire), actuellement discuté au Parlement canadien. 

Les organisations rappellent que la démocratie, la science et les lois environnementales ne sont pas des obstacles pour le Québec, mais bien des fondations essentielles pour le bien-être collectif et pour une économie qui soit véritablement résiliente et soutenable. Lorsque les lois deviennent optionnelles, les atteintes à l’environnement et plus largement à la protection des droits de la population et des premiers peuples deviennent inévitables.

Les organisations appellent les gouvernements du Québec et du Canada à suspendre les mesures législatives qui affaiblissent le droit environnemental, à respecter les droits des peuples autochtones, à rétablir la place de la science dans les processus décisionnels, à encourager la participation citoyenne et démocratique, et à protéger les principes qui sous-tendent le respect de l’État de droit.

Les organisations environnementales invitent la population, les élu·es, les médias et les institutions à se mobiliser pour préserver la démocratie, la protection de l’environnement et le respect des savoirs et de la science, devenus des parties intégrantes de nos valeurs sociétales fondamentales.

« L’environnement, c’est le canari dans la mine. Si nous ne travaillons pas tous et toutes ensemble pour contrer cette dérive autoritaire, elle continuera de faire d’autres victimes au nom de la sacro-sainte croissance économique. » 

 

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LISTE DES SIGNATAIRES

  • Alain Branchaud, directeur général, Société pour la nature et les parcs (SNAP Québec)
  • Geneviève Paul, directrice générale, Centre québécois du droit de l’environnement (CQDE)
  • Alice-Anne Simard, directrice générale, Nature Québec
  • Thibault Rehn, coordonnateur, Vigilance OGM
  • André Bélanger, directeur général, Fondation Rivières
  • Sabaa Khan, directrice générale, Fondation David Suzuki (Québec)
  • Karel Ménard, directeur général, Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets
  • Martin Vaillancourt, directeur général, Regroupement national des Conseils régionaux de l’environnement du Québec (RNCREQ)
  • Rébecca Pétrin, directrice générale, Eau Secours
  • Marc-André Viau, directeur des relations gouvernementales, Équiterre
  • Chantal Levert, coordonnatrice générale, Réseau québécois des groupes écologistes (RQGE) 
  • Chloé Tremblay Cloutier, coordonnatrice développement et partenariats, Réseau Demain le Québec
    Louis Couillard, responsable de la campagne climat-énergie, Greenpeace Canada
  • Gabrielle Spenard-Bernier, co-directrice, Mères au front

Plus d’informations

CONTACTS MÉDIAS

Sophie Turri
Directrice des communications, CQDE
438 979-7951
sophie.turri@cqde.org

Charlène Daubenfeld
Directrice des communications, SNAP Québec
514 378-3880
communications@snapquebec.org

David Beauchamp
Responsable des communications, Fondation Rivières
438 501-8140
david.beauchamp@fondationrivieres.org 

Alexandre St-Amant
Spécialiste des communications et affaires publiques, Fondation David Suzuki
438 494-8214
astamant@davidsuzuki.org 

Lucie Bédet
Chargée des communications, Nature Québec
581 980-8198
lucie.bedet@naturequebec.org

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2025-11-06 Motion d'appui à l'accord de Paris

10 ans de l’Accord de Paris: L’assemblée nationale unanime pour faire face aux changements climatiques

6 novembre 2025

En réponse à l’adoption, à l’unanimité, d’une motion soulignant le 10e anniversaire de l’Accord de Paris par l’Assemblée nationale, des organisations environnementales, syndicales et de santé du Québec saluent la décision du Québec de s’engager clairement en faveur du maintien de l’action climatique. Face aux reculs environnementaux des États-Unis et du gouvernement canadien, le Québec choisit la voie responsable. 

Présentée par le Parti Québécois et appuyée par la Coalition avenir Québec, Québec solidaire et le Parti libéral du Québec, cette motion vise à renforcer la légitimité des acquis du Québec, notamment le marché du carbone et l’électrification des transports, qui doivent être préservés. Les organisations signataires soulignent leur ouverture à collaborer avec toutes et tous les parlementaires pour accélérer la mise en œuvre de cet accord sur le territoire québécois.

« L’Accord de Paris, c’est notre étoile polaire pour limiter le réchauffement climatique à un niveau viable, préparer nos communautés à affronter le dérèglement du climat et transformer notre système financier pour qu’il soit compatible avec une société carboneutre à long terme », affirment les organisations signataires.

« Conformément à la Loi sur la qualité de l’environnement, le gouvernement doit aussi réviser sa cible de réduction d’émissions de gaz à effet de serre d’ici la fin de l’année. Le gouvernement doit maintenant passer de la parole aux actes en adoptant une nouvelle cible à la hauteur des capacités du Québec et, surtout, prendre les moyens nécessaires pour l’atteindre. »

Adoptée à quelques jours de la 30e Conférence des Parties (CdP-30), le sommet annuel des Nations unies sur les changements climatiques, cette prise de position réaffirme le leadership du Québec à l’international. Dans un contexte où les négociations internationales touchent de plus en plus les domaines de compétence des États fédérés, le Québec a avantage à bâtir sur ses acquis dans la lutte contre la crise climatique. 

Signatures :

  • Leïla Cantave, Coordonnatrice à la stratégie et des membres internationaux, Réseau action climat Canada
  • David Roy, directeur général, Ateliers pour la biodiversité
  • Alice-Anne Simard, directrice générale, Nature Québec 
  • Jeanne Robin, directrice principale, Vivre en Ville
  • Charles-Edouard Têtu, Analyste des politiques climatiques et énergétiques, Équiterre
  • Denis Bolduc, Secrétaire-Général, Fédération des Travailleuses et Travailleurs du Québec (FTQ)
  • Michèle Asselin, directrice générale, Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI)
  • Rébecca Pétrin, directrice générale, Eau Secours
  • Louis Couillard, responsable de la campagne climat-énergie, Greenpeace Canada
  • Patricia Clermont, organisatrice et porte-parole, Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME)
  • Geneviève Paul, directrice générale, Centre québécois du droit de l’environnement (CQDE)
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Adaptation aux changements climatiques: L’importance du cycle local de l’eau

10 mars 2025

Cet article est paru dans l’édition de septembre 2024 de la revue Vecteur Environnement .

PAR GABRIELLE ROY-GRÉGOIRE, M. Sc. Env. 
Chargée de projet, Eau Secours

La vapeur d’eau est le gaz à effet de serre prédominant dans l’atmosphère.  L’eau et son cycle jouent un rôle déterminant dans la circulation et la transformation de l’énergie solaire. Face aux dérèglements climatiques croissants, il est impératif de s’intéresser au rôle de l’eau dans la régulation climatique et de l’intégrer dans l’adaptation des villes et municipalités au Québec. 

Le cycle de l’eau, globalement, suit le mouvement de l’eau dans les larges échanges entre les océans et la terre ; il s’agit du grand cycle de l’eau. Le petit cycle de l’eau, pour sa part, est un cycle local qui décrit la circulation de l’eau dans une même zone. Influencés par la morphologie d’une région, par l’humidité et par les interactions avec les cycles environnants, les cycles locaux font circuler l’eau à travers les grandes étapes du cycle de l’eau – l’évaporation, la condensation et les précipitations – dans un même environnement. Il s’agit d’une circulation dite fermée. 

Ce petit cycle de l’eau est crucial à notre approvisionnement en eau sur le territoire puisqu’il est estimé que 50 % à 65 % des précipitations annuelles sont engendrées par cette circulation locale (Kravčík et collab., 2007). La terre reçoit annuellement en moyenne 720 mm de précipitations, et plus de la moitié (soit 410 mm) proviendrait de l’évaporation locale de ses propres sols (Kravčík et collab., 2007, p. 17). Ce processus d’évaporation dépend de la disponibilité de l’eau dans les sols, alors que cette disponibilité est liée à la qualité du sol qui reçoit les précipitations. La bonne circulation locale de l’eau – qui engendre des effets refroidissants naturels sur un territoire et contribue à un climat stable – est donc étroitement reliée aux efforts de protection et de maintien des espaces naturels. 

Des processus de climatisation naturels 

Walter Jehne explique que l’eau gouverne 95 % des dynamiques thermiques de la planète (Jehne, 2017). Le cycle de l’eau contribue à la régulation du climat avec des mécanismes de réchauffement, notamment par l’effet de serre (la vapeur d’eau représente de 1 % à 4 % des gaz atmosphériques) (Jehne, 2017). Afin de limiter un effet de serre extrême, le cycle de l’eau permet également des mécanismes de refroidissement. Les nuages représentent le premier processus de refroidissement important du cycle de l’eau, et ce, pour trois raisons. D’abord, leur formation permet de retirer la vapeur d’eau chargée d’énergie de l’atmosphère en créant ces énormes masses d’eau dans le ciel. Ce changement d’état physique par condensation permet effectivement de transférer l’énergie de l’air aux nuages, retirant ainsi la chaleur de l’air. Ensuite, ceux-ci créent un effet d’albédo et réfléchissent une grande partie du rayonnement incident vers l’espace (Feldman, 2023). Il est estimé que 50 % de la planète est – en tout temps – recouverte de nuages qui réfléchissent en moyenne 120 watts par mètre carré (Kravčík et collab., 2007 ; Jehne, 2022). Finalement, les nuages causent les précipitations qui refroidissent la surface terrestre (Schwartz, 2018 ; Jehne, 2017). 

Le second mécanisme de refroidissement du cycle de l’eau est l’évapotranspiration au sol. L’évaporation constitue un processus par lequel les sols et les surfaces humides transforment l’eau liquide en vapeur d’eau atmosphérique. La transpiration fait référence au procédé propre aux plantes de transpirer leur eau pour évacuer la chaleur. Les plantes emmagasinent de l’eau par leurs racines et la relâchent par les pores de leurs feuilles, appelés stomates. L’évapotranspiration, ce processus cumulatif d’évaporation d’eau, requiert 590 calories d’énergie (2 400 joules) pour chaque gramme d’eau transformé de l’état liquide à l’état gazeux. Cela permet de transférer cette énergie thermique des plantes et du sol à la vapeur d’eau, qui l’emporte en altitude, où l’air ambiant est plus frais. Avec une disponibilité d’eau suffisante, certaines plantes peuvent évaporer plus de 20 litres d’eau par mètre carré au cours d’une journée ensoleillée, ce qui représente un transfert de plus de 11 millions de calories d’énergie (par m2) (Kučerová et collab., 2001). Ce système d’air conditionné naturel, porté par les végétaux, a un effet refroidissant exceptionnellement efficace. Finalement, l’eau – sous forme de vapeur – est transportée à des zones d’air plus frais où des noyaux de précipitations se forment grâce à la condensation, qui forment les nuages. 

Des conditions au maintien au cycle de l’eau 

L’évapotranspiration et la stabilité du cycle de l’eau ne sont possibles qu’à condition d’avoir une disponibilité d’eau dans le sol, d’où l’importance des sols riches et de végétations qui permettent l’infiltration. Les sols agissent comme des éponges ; ils permettent la rétention d’eau et assurent sa disponibilité pour la croissance des végétaux ainsi que pour alimenter le cycle hydrologique (Feldman, 2023). Plus les sols sont appauvris et asséchés, plus l’infiltration de l’eau en profondeur est difficile, ce qui engendre un ruissellement. Le cycle de l’eau fait donc face au défi de rétention de l’eau sur un territoire. Les nombreux usages du territoire (déforestation, agriculture intensive et urbanisation) ont mené à l’appauvrissement, à l’aridification et à la minéralisation des sols. Dans les villes et municipalités, la prédominance de béton et de bitume imperméabilise les sols et augmente de manière significative le ruissellement des eaux de pluie vers l’océan, hors de l’écosystème local. 

Cet aménagement du territoire pose non seulement des risques en matière d’événements météorologiques extrêmes, mais cause un « déséquilibre permanent et systémique de l’eau sur un territoire » (Kravčík et collab., 2007, p. 50). Un effet de synergie mène à une intensification tangible, rapide et continue de changement climatique à une échelle régionale comme globale. Pour le climat, la végétation terrestre est essentielle pour la transformation de l’énergie solaire (Kravčík et collab., 2007). Sans les plantes, la majorité de cette énergie est transformée en chaleur sensible, ce qui accroît de manière considérable la température. La présence de végétation permet de convertir l’énergie solaire en chaleur latente (Kravčík et collab., 2007). Ce phénomène, combiné à l’ombrage procuré par la canopée, permet cette fraîcheur caractéristique des espaces naturels et boisés. 

Vers une résilience territoriale 

La restauration du cycle de l’eau est nécessaire et peut se faire en maintenant l’eau de précipitations dans le même environnement. Comme mentionné précédemment, un cycle de l’eau optimal propose des apports significatifs à l’adaptation aux changements climatiques qui bouleversent les modes de vie. En privilégiant les espaces végétalisés en milieu urbain et en restaurant la végétation sur le territoire, les populations du Québec peuvent bénéficier d’environnements mieux adaptés aux aléas climatiques et plus résilients aux événements météorologiques extrêmes. Des initiatives telles que Ville éponge sont intéressantes, mais la restauration du cycle de l’eau dans les communautés humaines demande de rompre avec les approches fragmentées, et exige une gestion intégrée et intersectorielle pour une transformation systémique. 

Références

Daniel, J.-Y. (dir.) (1999). Sciences de la Terre et de l’Univers. Éditions Vuibert, Paris, 371 p. 

Feldman, J. (dir.). (2023). Regenerating life [Documentaire]. Hummingbird Films. En ligne : hummingbirdfilms.com/regeneratinglife/story. 

Jehne, W. (2017). Restoring Water Cycles to Naturally Cool Climates and Reverse Global Warming [Communication orale]. Ateliers au Lake Morey Resort, au Vermont : Changements climatiques et mitigation climatique. En ligne : youtube.com/watch?v=K4ygsdHJjdI. 

Jehne, W. (2022). Cooling the Climate Mess with Through Soil and Water [Communication orale]. Série de conférences à Cambridge, au Massachusetts : Biodiversity for a Livable Climate en partenariat avec Life Saves the Planet. En ligne : youtube.com/watch?v=t3rIkYUVq5c. 

Kravčík, M., et collab. (2007). Water for the Recovery of the Climate – A New Water Paradigm. Krupa Print, Žilina, 94 p. 

Kučerová, A., et collab. (2001). « Evapotranspiration of small-scale constructed wetlands planted with ligneous species ». Dans : Vymazal, J. (dir.), Transformations of nutrients in natural and constricted wetlands, Backhuys, p. 413-427. 

Schwartz, J. (2018). Climate Opportunities in Plain Sight: The Role of Water [Communication orale]. Symposium à l’Université Concordia, à Montréal : Living Soils Symposium. En ligne : youtube.com/watch?v=YFS0aOayNgs&t=1040s.