2026-09-29 Réaction au rapport de l'IREC-1

L’eau des municipalités accaparée par des entreprises privées : une nouvelle étude sonne l’alarme

29 septembre 2026

Montréal, le 29 septembre 2026 – Un rapport de recherche réalisé par l’Institut de recherche en économie contemporaine (IRÉC) soulève des tendances préoccupantes dans la gestion des services d’eau au Québec. Après examen d’une banque de contrats privés octroyés par les municipalités, l’IRÉC identifie une influence croissante du secteur privé dans les services d’eau à travers la province qui inquiète le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP-Québec) et Eau Secours. Pour les deux organisations, le constat du rapport est alarmant: là où les municipalités ont recours au privé, elles dépendent d’un marché presque oligopolistique, avec très peu de concurrence; l’expertise publique s’érode et les mécanismes de transparence sont insuffisants.

Une concentration du marché qui inquiète

Eau Secours et le SCFP-Québec s’alarment d’abord du fait que deux entreprises seulement se partagent la majorité des contrats en gestion d’eau octroyés par les municipalités. À elles seules, les filiales du Groupe HELIOS, joueur principal dans ce marché, obtiennent les deux tiers des contrats et accaparent 86 % de leur valeur totale.

À une faillite près d’un monopole, dans un contexte où l’accès aux données est très difficile, le risque d’abus illégaux tels le trucage d’offres ou la fixation de prix est réel, mettent en garde les organisations. Dans 40% des cas, il n’y a qu’une seule soumission en réponse aux appels d’offres, révèle le rapport. Ce déséquilibre nuit directement au pouvoir de négociation des municipalités et place autant celles-ci que les citoyens et citoyennes en situation de grande vulnérabilité.

Un savoir-faire public essentiel pour une gestion adéquate

Au-delà du coût, c’est une perte de compétence collective à laquelle assistent les municipalités :

« Nos membres exploitent ces installations et ils voient les contrats glisser vers le privé, affirme Danny Dufour, du comité Promotion, Protection et Maintien de l’emploi au Syndicat des Cols bleus regroupés de Montréal (SCFP 301). Ils constatent ce que la collectivité y perd : un savoir-faire municipal qui s’efface, une capacité publique de décider qui rétrécit. C’est cette perte de maîtrise collective que nous refusons. »

Jean-François Rozon, du comité de Négociation au SCFP 301, renchérit : « On nous présente souvent la privatisation comme une solution à des problèmes de coûts. Mais soyons lucides : une entreprise privée doit d’abord servir ses actionnaires avant de servir la population. Elle choisit les contrats rentables et laisse le reste au public. Une fois qu’une municipalité a démantelé son expertise interne et signé un contrat à long terme, elle n’a plus de marge de manœuvre : le prix, le service et la redevabilité lui échappent. Ce que la municipalité économise sur papier aujourd’hui, c’est la population qui le paiera demain. »

L’information, condition d’une véritable imputabilité

Si les municipalités demeurent imputables de la qualité des services d’eau qu’elles offrent, elles doivent pouvoir en garder la maîtrise. Or, sans données ni expertise à l’interne, cette capacité s’effrite.

« À force de coupes au sein de l’appareil gouvernemental, on alimente un cercle vicieux où l’État doit chercher en dehors de sa propre structure pour assurer des services publics qu’il se doit d’offrir à la population, affirme

Rébecca Pétrin, directrice générale d’Eau Secours. Cette tendance est inquiétante puisque sans données et sans expertise à l’interne, comment savoir quels travaux prioriser sur les réseaux? »

Un contexte politique qui appelle aux engagements

Alors que cinq partis prennent position sur le rôle du secteur privé dans les services publics, Eau Secours et le SCFP-Québec estiment que l’État doit rester en mesure d’exercer un suivi rigoureux et transparent de la gestion de l’eau et de soutenir les municipalités dans ce secteur.

Les deux organisations rappellent qu’une dépendance croissante au privé peut nuire à l’innovation. Les municipalités risquent alors de payer plus cher pour des services externes plutôt que de développer à l’interne les capacités nécessaires pour gérer leurs infrastructures d’eau de manière efficace et responsable. Eau Secours et le SCFP-Québec s’engagent d’ailleurs à déposer une demande auprès de l’Autorité des marchés publics afin qu’une enquête soit menée sur l’application des principes d’équité, de transparence et de saine concurrence. Dans un contexte où les demandes de soutien financier fusent des quatre coins du Québec, il est plus qu’urgent de faire la lumière sur ce secteur. Les deux organisations rappellent enfin que ce sont les citoyens et citoyennes, qui financent la gestion de l’eau potable par leurs taxes et leurs impôts, qui en sortent perdants.

Fondé en 1997, Eau Secours est un organisme québécois à but non lucratif voué à la protection et à la gestion responsable de l’eau. Il intervient notamment en matière de santé environnementale, d’accessibilité, d’équité et de défense collective du droit à l’eau.

Comptant 143 000 membres au Québec, le SCFP représente environ 70 % de l’ensemble des employés municipaux au Québec, soit quelque 40 000 membres. Le SCFP est de plus présent dans les secteurs suivants : les affaires sociales, les communications, l’éducation, les universités, l’énergie, les sociétés d’État et organismes publics, les transports aérien et terrestre, le secteur mixte, le transport maritime ainsi que le secteur incendie. Il est le plus grand syndicat affilié à la FTQ.

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Contacts médias

Julien Royal
Service des communications SCFP
514-638-1461
jroyal@scfp.ca

Mathieu Langlois
Responsable des communications, Eau Secours
514-588-5608
communications@eausecours.org

2026-09-15 Sondage Vire au vert-1

Sondage: santé et environnement sont indissociables et prioritaires

15 septembre 2026

Alors que la santé trône au sommet de la liste des défis à relever par le prochain gouvernement pour les Québécoises et Québécois, un nouveau sondage Léger commandé par la coalition Vire au vert révèle que les enjeux de santé et d’environnement sont intimement liés à leurs yeux. Alors que plus de la moitié (56%) des sondés placent la santé comme priorité, les Québécoises et Québécois ont soif de propositions. De l’alimentation saine à la qualité de l’air, le message est clair : la santé prise globalement dépasse les enjeux hospitaliers, et les électeurs et électrices s’attendent à voir des actions gouvernementales qui priorisent notre santé de toutes parts.

« À l’aube des débats des chefs, le message est clair : les gens veulent savoir quel est le plan pour réduire la pression sur les services de santé en maintenant les Québécois en bonne santé. Le Québec jouit de la plus longue espérance de vie du continent, et on veut savoir comment on peut construire sur ce succès.»

On le sait, de plus en plus de gens se trouvent face à des choix difficiles à l’épicerie, à cause de  l’augmentation du coût de la vie. Or la mesure qui ressort au sommet du palmarès demande un meilleur accès aux produits frais, locaux et abordables – c’est près de 90% des répondants qui le demandent.

« Mettre en valeur nos produits frais et durables d’ici, c’est une mesure dont tout le monde sort gagnant. Cela permet de soutenir nos agriculteurs et agricultrices, de réduire notre dépendance aux produits américains, tout en réduisant l’empreinte carbone et en contribuant à garder les Québécoises et Québécois en bonne santé. Alors que de trop nombreuses communautés vivent encore dans un désert alimentaire, ces résultats d’appui presque unanime indiquent aux partis qui aspirent au pouvoir qu’ils doivent prendre la question au sérieux.»

Par ailleurs, avec la multiplication des canicules, les priorités qu’indiquent ces réponses de sondage font aussi ressortir l’importance de l’accès à la nature et aux cours d’eau. Près de 90% des répondant.es voient l’impact positif de l’accès à la nature sur la santé et 75% des répondants voient d’un bon œil l’amélioration de l’accès aux cours d’eau pour réduire les impacts des vagues de chaleurs sur la santé. De plus, 81% des répondant.es souhaitent voir des subventions pour la rénovation énergétique des maisons.

« Les changements climatiques amènent déjà des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes, et ce sont souvent les personnes les plus vulnérables qui en subissent le plus les impacts. Le prochain gouvernement doit avoir un plan pour aider les gens à faire face à cela. Un des défis résidera dans le fait d’éviter que cela contribue à la hausse des coûts de la vie pour les locataires, et que cela soit viable pour les propriétaires. »

Enfin, alors que plusieurs problèmes de santé sont de plus en plus solidement liés (données à l’appui) à la pollution atmosphérique, les mesures d’amélioration de la qualité de l’air reçoivent aussi un robuste appui dans ce sondage. En effet :

  • 88% des répondants considèrent qu’améliorer la qualité de l’air permet de réduire les problèmes de santé cardiorespiratoire et les coûts pour le système de santé;
  • des changements dans les procédés industriels et dans les carburants utilisés pour améliorer la qualité de l’air recueillent respectivement 79% et 65% d’appui; 
  • l’amélioration des réseaux de transport en commun pour réduire la pollution atmosphérique est aussi largement supportée, avec 79% d’appui.

« La santé est un sujet très large, et il est primordial de considérer l’impact des décisions prises dans l’ensemble de l’appareil gouvernemental sur la santé des gens, y compris afin de réduire la pression sur notre système de santé. Prioriser la santé, c’est respecter les lois et procédures environnementales pour lesquelles les gens se sont battus. Réduire la pollution, c’est améliorer la santé de tous, c’est soulager notre personnel hospitalier, c’est réduire les coûts de la santé dans nos finances publiques, c’est gagnant pour tout le monde. »

Signataires

  1. Geneviève Paul, Centre québécois du droit de l’environnement (CQDE)
  2. Patricia Clermont, Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME)
  3. Martin Vaillancourt,  Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement du Québec (RNCREQ)
  4. Nadine Viau, Front commun pour la transition énergétique (FCTÉ)
  5. Thibault Rehn, Vigilance OGM 
  6. Karel Ménard, Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets (FCQGED)
  7. Andréanne Brazeau, Fondation David Suzuki
  8. Alice-Anne Simard, Nature Québec
  9. André Bélanger, Fondation Rivières
  10. Jean-François Rheault, Vélo Québec
  11. Marie-Soleil Gagné, Accès transports viables
  12. Alain Branchaud, SNAP Québec
  13. Daniel Rotman, Équiterre
  14. Sarah-Katherine Lutz, Environnement Jeunesse
  15. Rébecca Pétrin, Eau Secours
  16. Alexandra Gilbert et Caroline Tanguay, Réseau plein air Québec
  17. Maggie Harvey, Trajectoire Québec
  18. Rodrigue Turgeon, Coalition Québec meilleure mine
  19. David Paradis, codirecteur général, Vivre en Ville
  20. Sandrine Cabana-Degani, Piétons Québec
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Évaluation fédérale des pipelines : les groupes environnementaux déplorent la fin du regard externe indépendant

11 septembre 2026

Montréal, le 11 septembre 2026 – Le Centre québécois du droit de l’environnement (CQDE), Nature Québec, SNAP Québec, la Fondation David Suzuki, le Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement du Québec, Greenpeace Canada, la Fondation Rivières, Eau Secours et Équiterre dénoncent vivement les modifications au Règlement sur les activités concrètes (la « Liste des projets ») publiées jeudi dernier, permettant à une série de projets présentant des risques sociaux, environnementaux et économiques élevés (pipelines interprovinciaux, installations pétrolières et gazières dans des parcs nationaux ou des aires protégées, etc.) de ne plus être assujettis à la Loi sur l’évaluation d’impact. Seule la Régie de l’énergie du Canada (REC) est désormais chargée d’évaluer ces projets. 

Or, le retrait de l’Agence d’évaluation d’impact du Canada (AEIC) fait disparaître le regard externe d’une organisation qui n’entretient pas, contrairement à la REC, de relation continue avec les promoteurs et le secteur de l’énergie. Les signataires dénoncent cette décision qui vient significativement affaiblir le régime fédéral d’évaluation d’impact et qui comporte des risques importants de sous-évaluation des impacts environnementaux, sociaux et économiques de ces projets.

« Soyons clairs, il ne s’agit pas ici d’éliminer un dédoublement. Ce qu’on retire aujourd’hui, ce n’est pas une redondance administrative : ce sont des protections dont nous nous sommes dotés collectivement pour choisir de façon informée et éclairée et assurer la protection de la population », affirment les organisations signataires.

Ce que change le règlement

Les modifications retirent de la Liste des projets plusieurs catégories d’activités jusqu’ici assujetties à la LEI, notamment :

  • les pipelines internationaux et interprovinciaux;
  • les lignes de transport d’électricité internationales et interprovinciales;
  • certains projets d’énergies renouvelables extracôtières réglementés par la REC;
  • les installations pétrolières et gazières situées dans des parcs nationaux ou des aires protégées et réglementées par la REC;
  • les installations d’extraction in situ de sables bitumineux;
  • les centrales électriques alimentées par des combustibles fossiles.

Concrètement, les projets énergétiques relevant de la Loi sur la Régie canadienne de l’énergie : pipelines, lignes de transport d’électricité, certains projets extracôtiers, ne sont désormais évalués que par la REC, agissant seule. La commission d’examen intégré, qui associait jusqu’ici l’AEIC et la REC, est écartée pour ces projets.

Une évaluation limitée

En retirant l’AEIC du processus et en confiant l’examen des projets énergétiques à un seul organisme de réglementation sectoriel, la nature même de l’exercice risque de se transformer : d’une évaluation intégrée qui interroge la pertinence globale d’un projet dans l’intérêt public, vers un examen davantage centré sur des questions réglementaires plus techniques : le tracé, la technologie, les paramètres d’exploitation. Les questions plus larges sur la pertinence même de certains projets et sur les répercussions cumulatives pour les populations concernées risquent d’être reléguées au second plan.

Une participation publique et autochtone affaiblie

Bien que la REC prévoit ses propres mécanismes d’audience et de consultation, la participation significative de la population, le respect des droits des peuples autochtones et la protection de l’environnement figurent au cœur même du mandat et de l’expertise de l’Agence d’évaluation d’impact du Canada. En écartant l’Agence de l’équation, un risque sérieux se pose quant à l’accessibilité du processus pour le public et pour les peuples autochtones potentiellement touchés par ces projets. 

« C’est précisément pour assurer une plus grande distance avec l’industrie des énergies fossiles et pallier de sérieux obstacles, notamment à la participation du public que le processus a été revu il y a quelques années » soulignent les organisations signataires. 

Une mesure injustifiée et infondée

Ces projets faisaient déjà l’objet d’une évaluation d’impact intégrée unique, menée par une commission d’examen conjointe de l’AEIC et de la REC. 

Les organisations signataires estiment que cette décision s’inscrit en droite ligne avec une série de mesures prises par le gouvernement fédéral au cours des derniers mois, qui affaiblissent les protections du public et qui pavent la voie à de nouveaux fiascos environnementaux, sociaux et économiques.   

 

LISTE DES ORGANISMES SIGNATAIRES

  • Centre québécois du droit de l’environnement
  • Eau Secours
  • Équiterre
  • La Fondation David Suzuki
  • La Fondation Rivières
  • Greenpeace Canada
  • Nature Québec
  • Le Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement du Québec
  • SNAP Québec
2026-09-11 Page élections provinciales

Élections provinciales 2026 – Nos priorités EAU

11 septembre 2026

Les élections provinciales de 2026 sont l’occasion de réfléchir et discuter des choix qui façonneront l’avenir de la gestion de l’eau au Québec. Protection des sources d’eau, gestion durable, protection des lacs et cours d’eau: plusieurs décisions importantes seront entre les mains du prochain gouvernement.

Eau Secours vous présente ses principales priorités et vous invite à en discuter avec les personnes candidates de votre circonscription. Posez vos questions, faites connaître vos préoccupations et demandez des engagements concrets pour protéger l’eau, notre bien commun!

Eau et milieux naturels

  • Création d’un observatoire provincial de l’eau dont la mission serait d’apporter une vision d’ensemble à la gestion concertée pour orienter les politiques nationales de l’eau.
  • Reconnaissance des potentielles ou futures sources d’eau potable dans l’application du Règlement sur la qualité de l’eau qui assure la protection des sources d’eau potable.
  • Intégration de bilans hydrologiques dans les plans directeurs des Organismes de bassins versants

Eau municipale et aménagement urbain

  • Divulgation des volumes individuels d’eau prélevés par les industries commerces et institutions en milieu municipal et le tarif payé à la municipalité.
  • Déploiement, pour l’ensemble du Québec, d'un outil de compilation des données de prélèvements d’eau (inclure les prélèvements à partir des aqueducs, dans les eaux de surface et dans les eaux souterraines).

Déchets dangereux

  • Organisation d'un état des lieux sur la gestion des matières dangereuses résiduelles et des matières non dangereuses préoccupantes au Québec, tel que proposé par le BAPE lors de l’analyse du projet de réaménagement de la cellule no 6 au centre de traitement Stablex à Blainville.
  • Respect de la Convention de Bâle, ratifiée par le Canada en 1992, sur le contrôle des mouvements transfrontières de déchets dangereux et de leur élimination. Il s’agit ainsi de: réduire le plus possible la production de déchets dangereux; faire en sorte qu’ils soient éliminés de façon écologiquement rationnelle, le plus près possible de l’endroit où ils sont produits; et limiter au minimum les mouvements internationaux de déchets dangereux.
  • Responsabilisation du ministère de l’Environnement afin qu’il effectue des suivis environnementaux rigoureux des sites de gestion et d’élimination des déchets dangereux et rende disponibles au public l'ensemble des démarches et résultats d’échantillonnages.

Industrie minière

  • Interdiction de détruire des lacs et rivières afin d'y déverser des résidus miniers. Alternative proposée au sacrifice de lacs : Obliger le remblaiement complet des excavations minières avec les déchets que leur exploitation génère.
  • Retrait de tous les titres miniers qui se trouvent sur une zone d’alimentation en eau souterraine de catégorie 1 et leur zone de protection
  • Contraindre les usines de recyclage de métaux et minéraux à un cadre réglementaire conforme aux normes internationales les plus strictes en matière d’environnement et de respect des populations locales.
  • Priorisation des investissements dans la restauration des 400+ sites miniers abandonnés plutôt que dans l’exploration et l’exploitation.