Destruction de lacs et cours d’eau par l’industrie minière | Comprendre les mécanismes qui la rendent possible

Selon la Loi sur les pêches du Canada, il est strictement interdit de détruire l’habitat du poisson, c’est-à-dire les lacs, rivières et autres plans d’eau où vivent et se reproduisent d’innombrables espèces aquatiques. Malgré cela, de nombreuses compagnies minières obtiennent des permissions spéciales leur permettant d’utiliser des plans d’eau pour y déverser leurs résidus miniers, détruisant ainsi de nombreux lacs et cours d’eau. Comment est-ce possible?!

Eau Secours a épluché de nombreux documents, décrets, évaluation d’impacts et plus encore et a croisé les informations avec le registre de l’annexe 2 afin de bien comprendre l’étendue de la destruction actuellement permise par le gouvernement. Envie d’en savoir plus? Plongez avec nous dans un nébuleux recoin de la loi canadienne. 

Qu’est-ce que le REMMMD et son annexe 2?

Le Règlement sur les effluents des mines de métaux et des mines de diamants (REMMMD) autorise le rejet d’effluent (les eaux usées) des mines de métaux et de diamants dans l’eau fréquentée par les poissons en vertu de la Loi sur les pêches. En gros, son rôle est de protéger les lacs et les rivières du Canada en fixant des limites strictes sur la qualité des rejets. Cependant, le règlement contient une brèche importante qui permet d’accorder des exceptions à certaines mines, les autorisant à contourner la protection de l’habitat du poisson. C’est ici que l’annexe 2 du règlement entre en scène.

Cette dernière est composée d’une liste de zones géographiques contenant des lacs, des rivières, des étangs et autres « habitats du poisson » auxquels on retire toute forme de protection. Dès qu’une zone est inscrite à l’annexe 2 du REMMMD, une minière peut légalement déverser ses déchets miniers dans ces milieux naturels autrement protégés par la Loi sur les pêches.

L’entreprise qui souhaite faire ajouter une zone à l’annexe 2 n’a qu’à en faire la demande au gouvernement canadien en respectant quelques conditions. Selon nos informations, aucune demande n’a été rejetée jusqu’à présent…

Que contient cette annexe?

Puisque les lacs et rivières du Canada sont d’une importance capitale pour la population, on pourrait croire que l’annexe 2 comprendrait une liste claire et précise des étendues d’eau touchées ainsi que l’ampleur de l’impact et l’avancement de leur destruction. La réalité est bien plus… opaque.

Dans sa forme actuelle, l’annexe 2 ne fournit pratiquement aucune information sur l’étendue de la destruction autorisée en vertu du REMMMD. À ce jour, l’annexe 2 comprend plutôt 92 articles, soit 92 zones que les minières peuvent allègrement détruire dans le cadre de l’exploitation de leur mine. Chacune de ces zones comprend souvent plusieurs lacs et rivières.

Combien de plans d’eau ont été détruits ? En quelle année exactement ? Quelle superficie avaient les plans d’eau avant d’être détruits ? Il s’agit là de questions auxquelles l’annexe 2 ne permet pas d’avoir de réponses précises. De plus, les informations incluses sont plutôt difficiles à déchiffrer. Pour nous, ce manque de transparence est inacceptable! Les lacs et rivières impactés appartiennent au patrimoine commun de la population canadienne. Celle-ci est donc dans le droit, au minimum, de connaître l’ampleur des impacts. 

Image – Un exemple d’une entrée dans l’annexe 2 du REMMMD

Un outil en libre service

Afin de jeter de la lumière sur la nébuleuse annexe 2, nous avons récolté un maximum d’informations au sujet de chacune des autorisations de l’annexe puis nous avons croisé ces données avec celles inscrites dans des décrets, évaluation d’impacts et autres documents liés aux projets miniers. Nous avons ainsi créé une base de données – un outil rassemblant toutes les informations récoltées au cours de nos recherches – et nous la rendons disponible au public.

Tableau – Nombre de milieux hydriques sacrifiés en vertu des 92 autorisations inscrites dans l’annexe 2 du REMMMD (en date de juin 2026) – selon les données récoltées dans l’outil

Nous espérons que ces données serviront à la recherche, à la sensibilisation, aux mobilisations citoyennes et aux évaluations et suivis environnementaux en tout genre. Cela dit, nous espérons évidemment surtout que le milieu politique prendra connaissance de ces informations et ajustera l’encadrement du secteur minier de façon à mettre fin à cette pratique, car nous avons actuellement l’impression que des décisions mal éclairées sont prises en matière de destruction des plans d’eau du pays.

Des milliers d’hectares de plans d’eau détruits! 

Cette compilation de données nous a permis de mettre en lumière l’ampleur de la destruction des lacs et cours d’eau du Québec et du Canada. Depuis 2002, année d’adoption du REMMMD, ce sont plus de 650 hectares, soit 6,6 km2, de lacs et autres milieux hydriques dont la destruction a été autorisée pour y déverser des résidus miniers au Québec. La province figure d’ailleurs au 3e rang des superficies totales de plans d’eau affectées par cette pratique au Canada. Pour l’ensemble du pays, la superficie totale affectée s’élève à plus de 4640 hectares, soit 46,5 km2.

Tableau: Superficie de lacs et cours d’eau impactés par des mines par province

C’est probablement pire que ça…

L’ampleur de la destruction que nous avons répertoriée ne serait qu’un aperçu des impacts réels puisque:

  • Le REMMMD n’encadre pas les mines de non-métaux comme celles de graphite par exemple. Donc, les impacts sur les plans d’eau de ces mines ne sont pas comptabilisés.
  • Les rejets dans des eaux où aucun poisson n’a été détecté ne sont pas plus considérés. À titre d’exemple, certaines portions de lacs plus froides et moins « productives » en poisson, dans les Territoires du Nord-Ouest ou au Nunavut, ne sont pas comptabilisées dans l’annexe 2, même lorsque des minières sont autorisées à détruire l’entièreté de ces lacs. Cette façon de scinder artificiellement un écosystème fait en sorte d’alléger l’encadrement et de limiter la compensation qui est ensuite exigée des compagnies minières.
  • Les autorisations inscrites à l’annexe 2 ne tiennent pas compte des infrastructures minières : fosse, concentrateur, routes, etc. Même les digues des parcs à résidus peuvent empiéter sur des plans d’eau sans que ces lacs soient inscrits à l’annexe 2, puisqu’il ne s’agit pas de déchets au sens strict du terme!
  • L’identification des plans d’eau semble comporter plusieurs erreurs: des plans d’eau de 18 à 40 hectares, d’une profondeur pouvant dépasser les 15 mètres, sont inscrits dans l’annexe à titre «d’étangs». De même, certaines rivières sont inscrites à titre de ruisseaux.
  • Dans de nombreux cas, la longueur des cours d’eau est calculée « à vol d’oiseau » : elle ne tient donc pas compte de la sinuosité des cours d’eau.
  • Les superficies détruites se limitent souvent aux superficies «restantes» à détruire dans le contexte précis de mines encore en exploitation après l’inscription de ces plans d’eau à l’annexe 2 du REMMMD. La taille initiale des lacs précédent l’exploitation n’est donc que rarement inscrite. En outre, ces superficies se limitent à ce qui doit être compensé : elles ne correspondent donc pas toujours à la taille totale des lacs et rivières. Un exemple parlant d’une telle situation est le lac Flora, que la mine Scully utilise comme dépotoir depuis 1965. D’après nos recherches, le lac couvrait initialement plus de 632 hectares. Pourtant, lorsqu’il a été ajouté à l’annexe 2 du règlement en 2009 par le gouvernement fédéral, il a été inscrit à titre de lac couvrant seulement 34 hectares.

Photo – Rivière Keriens, qu’une minière a tenté de qualifier de ruisseau dans sa demande de destruction (crédit photo : Collectif des Pas du lieu)

  • Aucun suivi n’est fait quant au développement des projets : l’annexe 2 ne précise donc pas si les plans d’eau ont effectivement été détruits ou non, ce qui en fait un bien piètre outil de suivi d’une destruction qui nous affecte pourtant toutes et tous, de façon directe ou indirecte.
Cette liste noire n’est donc vraiment que la pointe de l’iceberg de la destruction des milieux hydriques par l’industrie minière au pays…

Une industrie de production de déchets, avant tout

Pourquoi cet engouement des minières pour déverser leurs résidus dans nos lacs et cours d’eau? D’abord, la méthode traditionnelle, qui implique la construction de digues de rétention, est plus coûteuse que l’utilisation d’un lac, qui est essentiellement « gratuit » pour l’entreprise. Ensuite, les mines, surtout celles à ciel ouvert, sont de plus en plus grosses et génèrent donc de plus en plus de déchets.

Enfin, il est important de rappeler qu’un projet minier est avant tout un projet de gestion de déchets – compte tenu des très faibles concentrations de minéraux dans la roche qui les contient. Par exemple, pour obtenir 1 tonne de fer, un projet minier produira de 3 à 10 tonnes de déchets miniers. Pour une mine de graphite c’est plutôt de l’ordre de 1 pour 30. Mais ce sont les mines d’or qui prennent la palme du plus faible ratio: 1 gramme d’or pour 1 tonne de résidus, c’est-à-dire un ratio de 1 pour 1 million! Au Québec, environ 2 mines sur 3 sont des mines d’or actuellement. 

Tableau – Quantité de déchets miniers générés par l’extraction à ciel ouvert d’une tonne de substance exploitée

Autres ressources et actualités
2026-06-17 Communiqué - lacs morts - annexe 2

Plus de 650 hectares de plans d’eau québécois sacrifiés pour y déverser des résidus miniers – la population n’en veut plus

18 juin 2026

Montréal, le 18 juin 2026 – Alors qu’un récent sondage réaffirme que la grande majorité de la population québécoise s’oppose à la destruction de lacs et cours d’eau pour y déverser des résidus miniers, Eau Secours publie une compilation inédite de toutes les exemptions réglementaires accordées aux projets miniers leur permettant d’employer cette pratique controversée. L’organisme craint que cette méthode, qui devait être une exception de dernier recours à l’origine, soit maintenant le mode opératoire par défaut de l’industrie minière. Des projets miniers en cours d’évaluation au Québec, dont la mine de fer du Mont Sorcier près de Chibougamau, sont planifiés en intégrant la destruction de dizaines de plans d’eau pour y déverser leurs résidus tout comme cela a été fait dans le projet Bloom à Fermont. Eau Secours demande au prochain gouvernement du Québec de prendre acte de cette destruction insensée et de s’engager à y mettre fin dès le début de son mandat. 

Une pratique très impopulaire

Le sondage, commandé par Équiterre dans le cadre de la campagne Vire au vert, révèle que 82% de la population souhaite que le prochain gouvernement du Québec priorise une mesure interdisant l’utilisation des lacs pour rejeter les dépôts miniers. Ce sondage s’ajoute à celui effectué en 2022, au compte de la Coalition Québec meilleure mine, qui démontrait que 89% des Québécois étaient favorables à « interdire le rejet de déchets miniers dans tout lac, rivière ou milieu écologique sensible ». Pour Eau Secours, il est difficile de comprendre pourquoi le gouvernement du Québec tolère cette pratique alors que des alternatives éprouvées existent comme le remblaiement des fosses.  

« Compte tenu du manque total d’acceptabilité sociale de cette pratique et de l’existence d’alternatives préférables, il faut croire que les pressions de l’industrie, qui cherche à se simplifier la vie et maximiser ses profits, fonctionnent auprès gouvernement », estime Émile Cloutier-Brassard, analyste des projets miniers chez Eau Secours. 

6,6 km2 de plans d’eau transformés en poubelle pour résidus miniers au Québec

Le gouvernement canadien fournit très peu d’informations dans l’Annexe 2 du Règlement sur les effluents des mines de métaux et mines de diamants (REMMMD), que l’organisme qualifie volontiers de « liste noire » des lacs et rivières sacrifiés. Eau Secours a donc épluché les décrets, études d’impacts, analyse des scénarios alternatifs et autres documents portant sur chacune des autorisations listées dans ce règlement afférent à la Loi sur les pêches. L’organisme a ainsi produit et rend aujourd’hui disponible une base de données permettant de mieux comprendre l’ampleur de la destruction des plans d’eau causée par le déversement de déchets miniers au Canada.

C’est ainsi qu’Eau Secours a pu déterminer que, depuis 2002, année d’adoption du REMMMD, ce sont plus de 650 hectares, soit 6,6 km2, de lacs et autres milieux hydriques dont la destruction a été autorisée pour y déverser des résidus miniers au Québec. La province figure d’ailleurs au 3e rang des superficies totales de plans d’eau affectées par cette pratique au Canada. Pour l’ensemble du pays, la superficie totale affectée s’élève à plus de 4640 hectares, soit 46,5 km2.

Tableau 1 : Superficie de lacs et cours d’eau impactés par des mines par province

« Les impacts répertoriés dans notre analyse ne pourraient représenter que la pointe de l’iceberg en termes de dévastation des plans d’eau par l’industrie minière puisque les données disponibles sont très fragmentées. Si les gouvernements n’imposent qu’un encadrement minimal, puis n’effectuent pas de suivis de l’avancement des projets sur le terrain, ils faillissent à leur rôle d’assurer la protection des cours d’eau, » croit M. Cloutier-Brassard. 

L’organisme rappelle qu’en plus des données très incomplètes fournies par l’Annexe 2, le REMMMD ne s’applique pas aux mines de non-métaux et ne tient pas compte des lacs et rivières détruits par la construction des complexes miniers (fosses, usines, routes, etc.) dans leur ensemble. 

Une industrie de production de déchets, avant tout

Pourquoi cet engouement des minières pour déverser leurs résidus dans nos lacs et cours d’eau? D’abord, la méthode traditionnelle, qui implique la construction de digues de rétention, est plus coûteuse que l’utilisation d’un lac, qui est essentiellement « gratuit » pour l’entreprise. Ensuite, les mines, surtout celles à ciel ouvert, sont de plus en plus grosses. Enfin, il est important de rappeler qu’un projet minier est avant tout une entreprise de gestion de déchets – compte tenu du très faible ratio de minerai disponible dans le sol. Par exemple, pour obtenir 1 tonne de fer, un projet minier produira de 3 à 10 tonnes de déchets miniers. Pour une mine de graphite c’est plutôt de l’ordre de 1 pour 30. Mais ce sont les mines d’or qui prennent la palme du plus faible ratio: 1 gramme d’or pour 1 tonne de résidus, c’est-à-dire un ratio de 1 pour 1 million! Au Québec, environ 2 mines sur 3 sont des mines d’or actuellement.

Tableau 2 : Quantité de déchets miniers générés par l’extraction à ciel ouvert d’une tonne de substance exploitée

Source: Impacts des projets miniers sur l’eau – Guide de vulgarisation technique et législatif en vue de soutenir l’action citoyenne, Eau Secours, p.13

Un changement exigé avant qu’il ne soit trop tard

Selon une analyse de la description initiale de la mine Mont Sorcier de l’entreprise Voyager Metals Inc, dans la région de Chibougamau, plusieurs plans d’eau pourraient être ajoutés à l’Annexe 2 pour y déverser les résidus miniers du projet – un exemple parmi plusieurs autres. Cette compagnie envisageait initialement de détruire 24 plans d’eau et 90 cours d’eau pour la construction de sa future mine, ce qui inclut une destruction prévue pour le déversement de ses déchets miniers.

Eau Secours craint que cette pratique devienne la méthode préconisée par les promoteurs miniers afin de faciliter la gestion de leurs résidus miniers si aucune action n’est entreprise par nos gouvernements. Malgré que l’autorisation finale de détruire des plans d’eau revienne au gouvernement fédéral, l’organisme croit que c’est à Québec d’agir afin de bloquer les projets miniers qui souhaitent se débarrasser facilement de leurs déchets dans les lacs et cours d’eau de la province. 

« Voilà une belle occasion pour le prochain gouvernement qui siègera à Québec de démontrer son engagement à respecter les souhaits de sa population. Le message envoyé est clair, ici on tient aux lacs – à notre patrimoine Bleu. Si vous voulez exploiter une mine au Québec, vous devrez trouver des solutions respectueuses de notre eau », conclut M. Cloutier-Brassard. 

– 30 –

Annexe

Fiche technique offrant plus d’informations sur la base de données et l’annexe 2 du REMMMD (PDF)

Contact médias

Mathieu Langlois
Responsable des communications, Eau Secours
514-588-5608
communications@eausecours.org

marche-funebre_image_devant_la_flamme_31-10-2025

Destruction de lacs pour y déverser des déchets miniers: retour sur notre marche funèbre à Ottawa

5 novembre 2025

Vendredi le 31 octobre dernier, une trentaine de personnes, dont plusieurs bénévoles, ont bravé le froid et la pluie afin de participer à notre action symbolique pour dénoncer la destruction de lacs et cours d’eau par l’industrie minière. Appuyé par Mining Watch Canada et la Coalition Québec meilleure mine, nous avons porté des dizaines de pierres tombales, chacune symbolisant une zone sacrifiée comprenant entre un et quelques dizaines de lacs et cours d’eau, détruit par l’industrie minière afin d’y déverser des déchets miniers, lors d’une procession funèbre autour de la colline parlementaire à Ottawa. Suite à une conférence de presse, nous avons installé notre cimetière de lacs devant le Parlement!

Cette action était également l’opportunité de demander au gouvernement du Canada d’abroger l’article 5(1) du Règlement sur les effluents des mines de métaux et des mines de diamants (REMMMD) qui permet cette destruction des lacs et cours d’eau du Canada. 

Merci à tous les bénévoles ainsi qu’à nos partenaires pour cette belle action réussie!

À votre tour de demander la fin de cette pratique archaïque!

Participez à notre campagne en envoyant rapidement et facilement un courriel aux responsables de ce dossier au gouvernement du Canada. Demandez-leur d’abroger l’article 5(1) du REMMMD dès maintenant et d’exiger une meilleure gestion des déchets miniers. Ça ne prend que quelques secondes afin de faire entendre votre voix! 

Pour en savoir plus…

Consulter notre vidéo de retour sur l’événement du 31 octobre 2025: 

Consulter la conférence de presse au complet, captée par CPAC, avec Rébecca Pétrin, directrice générale d’Eau Secours, Catherine Coumans, coordonnatrice de la recherche et du programme Asie-Pacifique de MiningWatch Canada et Rodrigue Turgeon, avocat, co-porte-parole de la Coalition Québec meilleure mine et coresponsable du programme national de MiningWatch Canada.

Restez à l’affût! Nous préparons d’autres actions pour continuer la pression sur le gouvernement du Canada – il est temps que cette pratique digne du 18e siècle soit abolie!

2025-10-31 - destruction de lacs par les mines

Destruction de lacs pour y déverser des déchets miniers: le Canada doit mettre fin à cette horreur

31 octobre 2025

Ottawa, le 31 octobre 2025 – Eau Secours, soutenu par MiningWatch Canada et la Coalition Québec Meilleure Mine, demande au gouvernement du Canada d’abroger un article absolument terrifiant du Règlement sur les effluents des mines de métaux et des mines de diamants (REMMMD) qui permet la destruction de lacs et cours d’eau afin que des minières y déversent leurs déchets. L’organisme craint que ce cauchemar soit aggravé par la nouvelle Loi sur l’unité de l’économie canadienne (C-5) qui contient un mécanisme permettant d’ignorer complètement le REMMMD, déjà trop permissif à l’égard de la destruction de plans d’eau. 

Un article de règlement venu tout droit de la Quatrième dimension

Dans un mémo envoyé aujourd’hui aux ministres des Pêches et de l’Environnement et du Changement climatique afin de demander l’abrogation de l’article 5(1), Eau Secours avance que ce dernier va complètement à l’encontre de l’objectif premier du REMMMD qui est de protéger l’habitat du poisson. En autorisant les minières à utiliser un plan d’eau naturel comme poubelle de résidus miniers, moyennant un ajout du site visé à l’Annexe 2 du règlement, le gouvernement du Canada faillit à sa responsabilité et à ses engagements pour la protection de l’eau douce. Les minières ont pourtant amplement les moyens techniques et financiers de mieux gérer leurs déchets miniers. Les gouvernements provincial et fédéral s’entendent d’ailleurs pour dire que le remblayage de lacs ne devrait constituer qu’une solution exceptionnelle et de dernier recours. Pourtant, toutes les demandes faites par des minières désirant faire ajouter des plans d’eau à l’Annexe 2 ont été autorisées à ce jour. En d’autres mots, toutes les demandes de destruction de lacs ont eu le feu vert du fédéral. 

« Nous avons la forte impression que l’ajout d’un site à l’Annexe 2 du règlement n’est qu’une simple formalité, que les promoteurs de projets miniers n’ont qu’à cocher une case sur un formulaire pour que le gouvernement fédéral permette la destruction complète et totale de lacs et cours d’eau » se désole Émile Cloutier-Brassard, responsable des dossiers miniers chez Eau Secours.  

Des solutions alternatives plus respectueuses des milieux naturels existent pourtant. Le REMMMD pourrait plutôt exiger le remblaiement systématique des excavations (fosses et galeries) avec les déchets que leur exploitation génère. Cette option est souvent réfutée par les minières citant la perte d’un potentiel financier trop important. 

« Ce qu’on comprend de la situation actuelle, c’est que le gouvernement canadien préfère voir d’innombrables plans d’eau être transformés en poubelles minières plutôt que de forcer l’industrie à mettre à jour ses pratiques. On n’est plus en 1930! » s’indigne Rodrigue Turgeon, avocat, co-porte-parole de la Coalition Québec meilleure mine et coresponsable du programme national de MiningWatch Canada. 

Des lacs dans les ténèbres

Selon Eau Secours, autant il est facile d’obtenir une autorisation pour les promoteurs, autant il est difficile pour la population d’obtenir des informations précises sur les plans d’eau remblayés. Une analyse préliminaire par l’organisme de chacun des décrets et études d’impact en lien avec l’Annexe 2, permet de répertorier minimalement 38 lacs, 39 étangs, 29 plans d’eau additionnels, 28 ruisseaux et 124 cours d’eau qui ont été utilisés ou sont en voie de l’être afin d’y enfouir des déchets miniers. Au vu du peu d’informations fournies, l’organisme craint cependant qu’il ne s’agisse là que de la pointe de l’iceberg de ce bilan inquiétant.

« La population est en droit de savoir comment les plans d’eau du Canada sont utilisés, ou dans ce cas, détruits au nom du progrès économique. Si plus de gens savaient ce qui se passe dans ces projets miniers lointains, l’acceptabilité sociale en prendrait un coup » assure M. Cloutier-Brassard. 

L’organisme rappelle qu’un sondage réalisé par la firme Léger en 2022 montre que la grande majorité de la population québécoise (89%) est favorable à des mesures environnementales plus strictes, dont « interdire le rejet de déchets miniers dans tout lac, rivière ou milieu écologique sensible ».

Eau Secours s’inquiète pour la suite compte tenu de l’adoption de la Loi sur l’unité de l’économie canadienne qui vise à accélérer les grands projets d’infrastructure. Cette loi contient un mécanisme qui donne le pouvoir à un ministre désigné de fixer les conditions d’approbation d’un projet et ainsi de passer outre certaines lois et règlements, dont le REMMMD. 

« C’était déjà trop facile pour les minières de détruire des lacs au Canada et voilà que cette nouvelle loi simplifiera davantage cette pratique qui date d’une autre époque, en écartant complètement tout débat démocratique sur ces questions. Pour quelques dollars aujourd’hui, le gouvernement est prêt à sacrifier l’eau dont nous manquerons demain. Ça n’a juste aucun sens, » de conclure M. Cloutier-Brassard. 

-30-

Contact média

Émile Cloutier-Brassard
Responsable des dossiers miniers, Eau Secours
514 799-2383
emile@eausecours.org

10-07-2024 Mine du Lac Bloom - autorisation federale (1)

Mine de fer du Lac Bloom: le gouvernement fédéral autorise à son tour la destruction totale de 37 plans d’eau pour y déverser des déchets miniers alors que des solutions de rechange existent

Le fédéral a donné son aval au projet d’expansion des parcs à résidus miniers et des haldes à stériles de la mine du Lac Bloom en ajoutant les lacs et rivières entourant le projet à sa liste d’exceptions à l’interdiction de détruire des habitats du poisson. Ce sont donc 37 plans d’eau entourant le site minier, représentant 156 hectares d’habitat du poisson et bien davantage de milieux naturels en tous genres, qui seront détruits à perpétuité. Le fédéral emboîte ainsi le pas au provincial, à l’encontre de l’avis du BAPE, des scientifiques et de l’opinion publique, et crée un dangereux précédent.

communiqué_mine-bloom_évaluation-fédérale

Lac Bloom : Le fédéral exhorté à ne pas précipiter de décision et à exiger une solution de rechange pour sauver les lacs condamnés à devenir des poubelles à déchets miniers

11 organismes régionaux et nationaux ainsi que trois personnes de Mani-utenam et de Moisie demandent d’une même voix au ministre fédéral de l’environnement Steven Guilbeault de ne pas autoriser la destruction des lacs pour stocker des résidus et stériles miniers à Fermont, tel que proposé par Minerai de fer Québec (MFQ).